Ordre Cistercien de la Stricte Observance (Trappistes)


L’HOLOCAUSTE DE LA FAMILLE LÖB
de Tilburg et Berkel en Pays-Bas

par Anscar Christensen
English original        
Versión española

Dans le cimetiPre bien entretenu de l’abbaye cistercienne de Koningshoeven, prPs de Tilburg, dans la partie centrale réservée aux abbés, se tient, délicatement entourée de fleurs néerlandaises, une insolite croix de granit:

À la mémoire de nos FrPres,
P
Pre Ignace, PPre Nivard, FrPre Lin,
de la famille Löb,
qui moururent en 1942 à Auschwitz
pour le nom du Christ.

Le visiteur demande pourquoi ces moines seuls furent choisis pour la mort, et Löb n’est-il pas plutôt un nom allemand que néerlandais ? Et là s’ouvre une histoire dont chacun des éléments est remarquable en soi.

Ces trois frPres étaient les fils d’un couple de juifs, de parents convertis, exceptionnellement doués et pieux, qui avaient le privilège, sans égal dans les temps modernes, d’avoir à la fois trois fils dans une abbaye cistercienne et trois filles dans un mLme monastPre cistercien. Tous les six, hommes et femmes remarquables consacrés au Christ, furent arrLtés par le gouvernement nazi simplement parce qu’ils étaient d’origine sémite. Ils montrPrent une fidélité héroVque et une liberté sans réserve dans leurs souffrances et finalement dans la mort.

Ludwig ("Lutz") Löb, le pPre de notre héroVque famille était né en Rhénanie en 1881 de parents juifs libéraux. Son pPre était un homme d’affaires compétent dans l’industrie du vLtement B La Haye, et il y fit venir sa famille en 1882. En vérité, bien que ses enfants fussent tous citoyens néerlandais, Ludwig, lui, ne se résolut pas B abandonner sa citoyenneté allemande.

Lutz devint un jeune homme réfléchi, sensible et distingué. AprPs avoir approché le Marxisme, il se convertit en lisant le cardinal Mercier et d’autres auteurs, et commença B s’intéresser au catholicisme. Il épousa une jeune femme juive, Johanna ("Jenny") van Gelder, fille d’un riche exportateur d’Amsterdam. Il est dit d’elle, par contre, qu’elle était une fille pleine d’entrain, douée et extravertie. Ils furent baptisés quelques jours avant leur mariage en 1906.

Ludwig avait un certain succPs comme ingénieur des mines et comme professeur. La famille se déplaça des Pays-Bas en Indonésie. Finalement elle revint et s’établit B Bergen op Zoom. Entre temps, de 1908 B 1918, huit enfants étaient nés. A Bergen op Zoom, ils étaient dans une région fortement catholique. LB ils n’étaient pas riches, mais les caractPres s’épanouissaient d’une maniPre trPs saine. Jenny était bien connue dans la ville pour ses réceptions. "Chez les Löb, il y a toujours une fLte, allons-y". Lutz était un professeur doux, apprécié et attirant. Il était porté B la réflexion tranquille, il étudiait St Bernard, traduisait des livres Français (y compris "la vie de Thibaut" de dom Marmion), faisait des retraites annuelles de huit jours B l’abbaye assez proche de Koningshoeven, et était connu de tous comme un vrai saint.

Il en était ainsi lorsque le fils aîné, Georg, B la fin de ses études, demanda B devenir prLtre. AprPs quelques difficultés et hésitations, il entra, en 1926, au noviciat choriste du monastPre trappiste tout proche . Alors la procession commença. AprPs Georg, suivirent ses deux plus jeunes frPres, Robert ("Rob"), comme frPre convers et Ernst comme moine choriste. Pendant ce temps, la fille aînée ("Lien") éprouva le mLme attrait et demanda B entrer chez les Trappistines. Le monastPre le plus proche était de langue française : Chimay, au sud de la Belgique. LB, elle fft la premiPre jeune fille néerlandaise B entrer dans cette maison. "Je m’offre pour la conversion des juifs". Elle aussi fut suivie par deux de ses soeurs, Door et Wies. En 1937, elles partirent toutes B la nouvelle fondation, B Berkel, aux Pays-Bas, non loin de Koningshoeven.

Ainsi il y avait deux PPres, un FrPre, et trois Soeurs dans la mLme famille, et chacun avait son caratPre. Georg (PPre Ignace), était extraverti, cordial et serviable. Lui et Rob eurent quelquefois des problPmes au chapitre des coulpes, mais ils se soumettaient de bon coeur. Rob (FrPre Lin) était généreux, actif, et rempli d’une heureuse cordialité. Il a mLme construit, B la main, une radio interdite avec un couvercle en fer blanc comme antenne, et il écoutait secrPtement les discours d’Hitler ! Ernst (PPre Nivard) était sérieux : "moine jusqu’au fond de lui-mLme". Sous-maître des novices, maître de lui, il était strict pour lui-mLme, mais bon B l’égard des autres. Souvent tendu nerveusement par manque de sommeil, il venait cependant aux Vigiles de nuit courageusement, et luttait contre le sommeil au moyen de nombreuses "satisfactions". Lies (MPre Hedwige), une fille aimable, mfre et maternelle. Elle tint différents offices dans la communauté, et avait la réputation d’Ltre une religieuse exemplaire, ouverte et spontanée, mais sachant bien se dominer. Door et Wies ( MPre ThérPse et MPre Véronique) se sacrifiaient généreusement et avaient un amour tendre pour la Bienheureuse Vierge Marie. Elles étaient cependant pas aussi fortes physiquement que Lies. RestPrent B la maison seulement les deux plus jeunes enfants, Hans et Paula.

Pendant ce temps, Lutz Löb mourft d’une sainte mort, et eut un enterrement de pauvre, comme il l’avait demandé. Peu de temps aprPs la premiPre Messe de PPre Nivard, la mPre, Jenny Löb, mourft B son tour.

Le troisiPme Reich arriva. La guerre survint. Les panzers nazis grondPrent dans les Pays-Bas. Les évLques néerlandais, dans une lettre pastorale, condamnPrent les atrocités faites au peuple juif. Plutôt que de frapper directement la hiérarchie, le commissaire général Schmid décida de les réduire au silence par un acte annoncé en public comme une mesure de représailles : une semaine plus tard, tous les Juifs de foi catholique aux Pays-Bas furent arrLtés. C’est pourquoi leur mort qui suivra pourra Ltre, B juste titre, appelée martyre subi en haine de la Foi et du magistPre de l’Eglise.

Le dimanche 2 aoft 1942 au matin, tandis que les moniales de Berkel chantaient comme d’habitude l’office de nuit, la police arriva et demanda que MPre Hedwige et MPre ThérPse sortent. Elles quittPrent le choeur, reçurent la Sainte Communion de leur aumônier et avec le sourire dirent au revoir B toutes celles qui étaient proches. "N’avez-vous pas eu envie de fuir ?" "Non, j’ai simplement dit B notre Dieu : je me donne B Vous ; faites de moi ce que vous voudrez". MPre Véronique, alitée, sérieusement malade, atteinte de tuberculose, ne fut pas arrLtée.

Quand ils arrivPrent B Koningshoeven dans la voiture de police, les gardes SS firent sortir les frPres de l’Office de nuit, mais ils permirent alors B PPre Nivard et B PPre Ignace de célébrer la Messe. La façon dont PPre Nivard célébrait la Messe, avec son calme habituel et sa gravité voulue fut remarquable. Interrogé pour savoir s’il ne désirait pas essayer de s’échapper, PPre Ignace répondit:: "Mais quelle conséquence cela aurait pour le monastPre. Ils ont menacé de tuer dix PPres si nous ne venions pas.". A un autre FrPre il dit : "Au revoir au Ciel". La premiPre réaction de FrPre Lin fut de fuir, mais il se reprit et servit la Messe de PPre Ignace.

Quand les frPres sortirent vers voiture et virent leurs soeurs qu’ils n’avaient pas vues depuis 12 - 14 ans, la rencontre fut cordiale et joyeuse. Un garde étonné dit : "Croyez-vous que vous prenez part B une fLte !" "C’est vrai" dit MPre Hedwige, "vous Ltes venus pour nous aider B aller plus rapidement au Paradis".

Ce jour-lB pas moins de 300 Juifs catholiques furent arrLtés dans les Pays-Bas et envoyés B Amersfoort, centre de rassemblement, puis au camp infâme de Westerbork, près de la frontière allemande. Il faut mentionner qu’B ce moment déjB les Nazis espéraient que l’Amérique fournirait un refuge pour leurs victimes, et des questions précises étaient posées et des dossiers établis par des amis et relations en Amérique. Le gouvernement américain cependant ne les accepta pas. Les Löb étaient en brillante compagnie, avec des médecins, des intellectuels, de doctes PPres et Soeurs dominicains, et la grande Carmélite, Soeur Benedicte de la Croix, Edith Stein. En raison de sa grande force de caractPre, cette derniPre était le leader naturel du groupe de religieux qui priait l’Office Divin et le Rosaire en commun.

Des témoins disent que les deux prLtres de la famille Löb étaient particuliPrement actifs pour consoler et entendre les confessions, et que les moniales furent courageuses et dévouées, spécialement B l’égard des enfants. C’est B peu prPs tout ce que nous savons. Le groupe fut transféré au terrible camp d’Auschwitz en Pologne oj un document nazi, bref, indique leurs dates de naissance et de décPs : aoft et septembre 1942. Une note non officielle d’une lettre anonyme dit qu’en raison de leur écoute des confessions, PPre Ignace et PPre Nivard ont été fusillés avec deux prLtres polonais et deux prLtres grecs, et que PPre Nivard, l’ancien sous-maître, s’exclama avant l’exécution : "Pour le noviciat de Koningshoeven !".

Soeur Véronique, qui était malade, fut finalement arrLtée par les Nazis B Westerbork, mais elle fut libérée aprPs seulement huit ou dix jours, puis fut envoyée dans différents hôpitaux par ses supérieures, et finalement mourut dans son propre monastPre en aoft 1944. Le plus jeunes frPre, Hans, fut arrLté et envoyé au travail forcé dans une mine de zinc, en Pologne. Quand les communistes avancPrent, il fut transporté en camion vers l’ouest et eut les pieds gelés. Il mourut dans les baraques de l’infirmerie B Auschwitz en février 1945. Le plus jeune enfant Löb, Paula, mariée B un néerlandais, demeura durant la guerre B NimPgue, cachée dans la maison d’une courageuse catholique et elle est le seul membre encore vivant de la famille.

Voir la photographie des sept martyrs de cette famille remarquable, prise peu de temps avant son arrestation.


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