Ordre Cistercien de la Stricte Observance (Trappistes)
LE XXième SIÈCLE ET LE CHRIST RESSUSCITÉ
(lettre circulaire aux membres de l'Ordre, 20-3-2000)
le 20 mars 2000
Chers frères et soeurs,
Nous avons quitté les "mille neuf cents" pour commencer les "deux mille". Ce n'est pas encore un changement de siècle, mais seulement de chiffres. Bientôt, au commencement de l'an 2001 nous pourrons dire que nous nous trouvons dans le XXIième siècle. En tout cas, cela a peu d'importance; notre manière de mesurer le temps n'est pas la seule manière; il existe d'autres calendriers dans d'autres cultures, différentes de la nôtre.
L'être humain est un être dans le temps, sa vie est rythmée par la succession: avant, maintenant, après. Seul l'homo viator peut mûrir comme pèlerin dans le temps et se laisser former par les événements, dont il est en même temps l'acteur, et prendre part aux affaires de l'histoire. Mais ce n'est pas tout. Comme chrétiens nous affirmons que le temps est arrivé à une certaine plénitude (Cf. Gal. 4,4) par le fait même que Dieu s'est introduit dans l'histoire humaine, comme si l'éternité était entrée dans le temps.
En ce sens l'an 2000 a pour nous un sens très particulier. Faisant abstraction de l'exactitude des calculs chronologiques, nous célébrons les 2000 ans de la naissance du Christ. C'est la cause d'une joie et d'un jubilé spécial. Afin de mieux sanctifier et célébrer ce temps l'Eglise nous convoque au Grand Jubilé de l'An 2000.
Le Grand Jubilé est en relation avec les trois dimensions du temps et avec l'espérance de l'éternité. Mais cela implique aussi que nous voulons regarder au fondement permanent de notre vie et de l'histoire et nous y ouvrir de nouveau. Cela signifie donc prendre une orientation pour l'avenir et en même temps ouvrir la prison du temps et trouver l'accès à ce qui demeure à jamais: le Christ mort et ressuscité pour notre glorification.
Je veux commencer cette lettre avec deux textes de la Constitution sur l'Eglise et le monde actuel, Gaudium et spes:
Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres et de tous ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur... L'Eglise se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. (GS 1; cf. 4)
L'Eglise croit que le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l'homme, par son Esprit, lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation. (...) Elle croit aussi que la clé, le centre et la fin de toute l'histoire humaine se trouve en son Seigneur et son Maître. Elle affirme en outre que, sous tous les changements, bien des choses demeurent qui ont leur fondement ultime dans le Christ, le même hier aujourd'hui et à jamais (GS 10).
Ces paroles nous invitent à traverser le seuil du millénaire, donnant la main à toute l'humanité, pour suivre le Christ ressuscité, Maître de tous les temps. Comme Ordre Cistercien de la Stricte Observance, nous sommes conscients d'être profondement unis au XXième siècle. Nous sommes nés ensemble; ses joies et ses tristesses, ses progrès, ses reculs et ses vicissitudes ont donc été aussi les nôtres.
Dans les deux lettres circulaires précédentes nous avons déjà contemplé ensemble le contexte mondial et ecclésial, et aussi le moment culturel actuel. Tout cela nous a servi de cadre pour comprendre notre identité cistercienne qui est marquée intrinsèquement par la dimension mystique de la vie chrétienne.
Je vous invite maintenant à vous remémorer le passé afin de marcher fermement dans le présent et nous jeter vers l'avenir. Contemplons le XXième siècle pour découvrir le Christ ressuscité derrière tant d'événements et de personnes. Réveillons notre foi dans le Seigneur de l'histoire, hier, aujourd'hui et toujours, et agissons en conséquence.
1. Notre XXième siècle
1.1 Une première vue.
Le vingtième siècle a été un siècle où les contradictions n'ont pas manqué. Il a été, à la fois, un siècle de grandes exterminations et de grands développements économiques, un siècle de démocraties de masses et de dictatures totalitaires, de mondialisation et de nationalismes agressifs, de technologie au service de la vie et de la mort, de paix atomique et de guerres sans nombre.
Au cours de ce siècle on a pu entendre quelques nouveaux mots-clés. Chacun d'eux présente d'une manière simple une réalité complexe. Ils ne sont pas connus maintenant par tous. Mais il vaut la peine de les rappeler: nation, psychanalyse, libéralisme, protectionnisme, socialisme, communisme, démocratie, totalitarisme, populisme, progressisme, modernisation, radicalisme, développement, sécularisation, nucléaire, génocide, paix, technologie, cybernétique, bioéthique, globalisation... Et la liste pourrait s'allonger.
Déjà au début des années 60 on nous annonçait: Le genre humain vit aujourd'hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s'étendent peu à peu à l'ensemble du globe (GS 4). Et cette affirmation vaudra encore plus pour les années suivantes. On peut donc affirmer que jusqu'à maintenant l'histoire n'a jamais connu une telle accélération, et que les changements n'ont jamais été si rapides et profonds ni avec une telle variété de protagonistes.
Il semble que quelques dates ont marqué des transitions irréversibles: la guerre de 1914-1918, la révolution bolchevique de 1917, la crise économique et commerciale des années 30, la grande guerre de 1939-1945, la décolonisation asiatique (1946-1948) et africaine (1957-1967), le Concile Vatican II (1962-1965), la conquête de la lune en 1969, la chute du communisme jointe à celle du mur de Berlin et la fin de la "guerre froide" en 1989, le grand "boom" du commerce mondial au début de la décade de 90, le nouvel ordre mondial après la "guerre du Golf" en 1991.
En relation avec ce qui précède, on doit mentionner aussi quelques passages de frontières et certains développements ou progrès qui, il y a quelques années, paraissaient impossibles ou impensables: la victoire sur certaines maladies millénaires, les voyages interplanétaires, la recherche atomique, la manipulation des gênes humains, la communication quasi instantanée à l'échelle de toute la planète, la croissance démographique et la croissance de l'âge moyen, l'alphabétisation rapide de la population, les nouvelles mégapolis ou villes géantes...
Malgré tout ce que je viens de dire, nous constatons une autre réalité caractéristique de notre XXième siècle: les inégalités d'hier existent encore aujourd'hui; toutes les transformations n'ont pas pu changer les hiérarchies qui existaient au début du siècle. Les nations les plus riches restent l'Amérique du Nord et l'Europe Occidentale, bien que le Japon et quelques pays de l'Asie Orientale et du monde Arabe soient arrivés à un niveau de prospérité inconnu dans le passé. Les inégalités qui existaient déjà sont maintenant quasi abyssales: un cinquième de la population du monde, qui est riche, contrôle 80 % des ressources, tandis que la cinquième partie la plus pauvre dispose à peine de 1 %, et que les trois autres cinquièmes vivent avec 19 %.
Du point de vue du "sexe" les inégalités sont encore plus contrastées. Les femmes exécutent 63 % du travail dans le monde, mais elles ne possèdent que 1 % des terres de culture et ne reçoivent que 10 % du bénéfice mondial. 75 % des pauvres sont des femmes et aussi 70 % des analphabètes...
La majorité des interprètes et des historiens sont d'accord pour dire que le XXième siècle a été marqué d'une part par la violence et la guerre, et d'autre part, personne ne nie les progrès remarquables: scientifiques (développement de l'informatique, des communications, de la médecine), civils (diffusion de la démocratie, nouveau rôle de la femme, des organisations internationales) et écologiques (protection du milieu ambiant) qui ont jalonné les cent dernières années de notre existence. Quelques paroles de notre Pontife actuel donnent une synthèse intuitive de notre siècle: notre monde est dramatique et en même temps fascinant (Redemptoris missio 38).
1.2 Caractéristiques globales
Les caractéristiques qui peuvent donner un visage particulier et une identité définie à notre siècle sont nombreuses. Il y en a peut-être trop. Si nous les prenons ensemble nous pourrons probablement conclure avec quelque chose de concret. Quand nous regardons le passé avant de centrer notre regard sur le présent, nous constatons que le XXième siècle est:
- Le siècle de la liberté: pas seulement à cause de la fin de l'empire colonialiste en Asie et en Afrique, mais aussi à cause des systèmes démocratiques qui ont renversé divers totalitarismes et gagné plus de la moitié de l'humanité.
- Le siècle du capitalisme: la liberté politique va normalement de pair avec la liberté économique; ayant renversé le système communiste, le capitalisme est la structure économique de la majorité des sociétés du monde.
- Le siècle de l'électronique: si l'imprimerie a réduit le coût de la communication de 1/1.000 la radio transistor l'a réduit de 1/1.000.000. Le résultat a été le passage de l'ère industrielle à l'ère informatique et technologique.
- Siècle du marchéen masse et pour la masse: tout est fabriqué en grande quantité et pour le plus grand nombre de consommateurs possibles.
- Le siècle des génocides: commençant par le drame du génocide des Arméniens, caché sous l'euphémisme de "nécessité militaire d'évacuer la zone de guerre" (1915), passant par "l'holocauste" du peuple juif, pour arriver aux versions plus récentes de "pureté ethnique", "crimes contre l'humanité" et "déportation forcée"; les mots changent mais non la brutalité de la réalité.
- Le siècle de ceux qu'on appelle "nouveaux peuples barbares" (du troisième monde), qui envahissent pacifiquement, émigrant vers les pays du premier monde technico-industriel; ils modifient ainsi la composition des sociétés et donnent lieu à des réactions racistes minoritaires.
- Le siècle de l'imprévisible: simplement parce qu'il se passe souvent beaucoup de choses inespérées qui confirment le dicton populaire: l'inattendu réoriente l'histoire.
Et nous pouvons ajouter encore cette autre caractéristique qui marque l'identité de notre XXième siècle: il s'agit d'une époque qui s'ouvre vers une nouvelle époque révolutionnaire.
- Révolution digitale: nous allons de l'électronique "reconnaissance de voix" vers l' "intelligence artificielle"
- Révolution biotechnologique: qui nous amènera à faire des miracles ou à créer de nouveaux monstres.
- Révolution contre le systèmedémocratique: soit sous forme de tribalisme (des minorités qui deviennent fortes), de fondamentalisme (une simplification qui manipule la société), de totalitarisme (rejet des libertés individuelles)...
- Révolution contre le systèmecapitaliste: patronnée par l'écologie (pour défendre la santé de la planète attaquée par le "progrès"), en raison des différents socialismes (quelques personnes vivent aux dépens de beaucoup d'autres, et beaucoup restent exclus du système qui est en vigueur partout dans le monde) et du féminisme intégral (avec sa vision plus globale de l'humanité et son projet de transformation profonde du système relationnel).
Mais est-il possible de faire une interprétation unitaire du XXième siècle ? Est-il possible de trouver une seule caractéristique pour représenter la spécificité de notre siècle ? Beaucoup d'historiens ont cherché à répondre à ce défi. Ils sont tous d'accord sur ceci: l'étude de l'histoire doit essayer de faire comprendre la responsabilité individuelle et collective des événements, ses motivations et conséquences humaines; elle cherchera aussi à faire une synthèse des grandes orientations fondamentales. De plus les historiens contemporains sont d'accord pour affirmer que l'an 2000 n'est pas seulement la fin d'un siècle, mais aussi d'une époque de l'histoire, c'est à dire, d'un temps avec un caractère spécifique et plein, qui est parfois représenté par la figure emblématique d'un protagoniste éminent.
Les interprétations unitaires du XXième siècle sont variées. Du point de vue nord-occidental on a parlé de:
- Un "siècle court": le sens unitaire de ce siècle se trouve dans les événements qui ont eu lieu entre la première guerre mondiale et la fin de l'empire soviétique.
- Le siècle de la "grande illusion": cette illusion consiste dans l'affirmation suivante: l'histoire de l'humanité possède une nécessité rationnelle intrinsèque qui conduit au communisme bolchevique.
- Le siècle de la "fin de l'histoire": avec la fin du conflit idéologique et la victoire du capitalisme sur le communisme, l'histoire est arrivée à son point culminant et donc à sa fin.
- Le siècle de la "peur": peur de la guerre, de la faim, des voleurs, du terrorisme, des dictatures...
- Un siècle de "passions civiles": du suffrage des femmes aux droits de l'homme, en passant par l'indépendance des colonies.
- Un siècle "nul": car à la fin on retrouve les mêmes fantasmes qu'au début: nationalisme, racisme, violence, manque de respect pour la personne humaine..
- Le siècle des "guerres idéologiques": entre 1914 et 1945 c'est le conflit européen et mondial avec deux guerres cruelles; et entre 1945 et 1991 se déroulent beaucoup d'autres conflits nationaux: Corée, Vietnam, Afghanistan etc.
- Le siècle du "monde bipolaire": centré dans deux grands super-pouvoirs, les Etats Unis et la Russie avec leurs zones d'influence et leurs pays-satellites respectifs.
Cette diversité de réponses nous dit clairement qu'il n'est pas facile d'évaluer dans une seule synthèse cent années d'histoire humaine. Et qu'en serait-il si nous nous placions en Orient ou dans le Sud du monde?
1.3 Primauté et responsabilité partagées
Au milieu de notre siècle, plus précisément en 1945, les démocraties libérales et capitalistes de l'Angleterre, de la France et des Etats Unis, avec l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, ont détruit la menace totalitaire et impérialiste de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon. Après la guerre a commencé la guerre froide, mais non moins réelle entre la Russie et les Etats Unis. En même temps les ex-pouvoirs vaincus sont aidés pour reconstruire la démocratie et le bien-être économique. Les nouvelles nations asiatiques et africaines, libérées du joug colonial, n'ont pas créé de nouvelles alternatives sociales, politiques ou économiques. Elles se sont quasi toutes alignées derrière le système communiste ou capitaliste. La chute du communisme russe a été une démonstration de l'efficacité supérieure de l'économie libérale capitaliste et de la plus grande adaptabilité des systèmes démocratiques.
Par conséquent, du point de vue géopolitique et social-économique, tout semble indiquer que l'Occident euro-américain est sorti vainqueur de ce siècle tellement marqué par les conflits. Plus concrètement, nous constatons que les Etats-Unis de l'Amérique du Nord exercent aujourd'hui la plus grande influence mondiale aux niveaux économique, politique, social et culturel. La globalisation du capitalisme industriel et technologique vient de son indiscutable suprématie. Dans le "village global", qu'est notre monde contemporain, la culture nord-américaine domine les langues et les communications, toutes dépendent d'elle, d'une façon ou autre.
Sans doute, l'Occident euro-américain n'a pas été le seul protagoniste du siècle qui va à sa fin. D'autres acteurs ont eu leur influence et auront peut-être une influence croissante. Le capitalisme global d'aujourd'hui est impensable sans l'autodétermination des pays latin-américains, asiatiques et africains. Cela a conduit à une plus grande démocratie dans les échanges internationaux. De la même manière, inclure dans le jeu démocratique des sujets qui auparavant étaient exclus - comme les femmes, les ouvriers, les peuples de couleur, les minorités religieuses, - a été possible grâce à leurs revendications et leurs luttes. De plus, des réalités et des phénomènes comme la résurrection de la Chine, la richesse traditionnelle et technologique du Japon, les réserves de valeurs humaines et spirituelles de l'Inde, la sensibilité profonde de l'autochtone africain, le capitalisme du sud-est de l'Asie et la croissance du monde islamique ... nous rappellent que l'avenir du monde ne se trouve pas seulement dans l'Occident américain-européen.
Nous sommes toujours plus conscients que le monde "polycentrique" du XXième siècle -- même si un seul super-pouvoir fait le "gendarme international" -- exige un effortconjoint en faveur de la paix et de la concorde universelle, par le dialogue, la reconnaissance de tous les interlocuteurs, et un renforcement des institutions internationales. Et surtout, nous devons dire aussi que la concorde universelle ne peut être réalisée que par un effort de réconciliation et de pardon réciproques.
Ecoutons quelqu'un qui a été le compagnon de route de plusieurs générations du siècle qui vient de s'achever; quelqu'un qui se sent investi d'une paternité universelle, qui embrasse tous les hommes et femmes de ce temps, sans distinction aucune:
Nous pouvons nous demander si ce siècle a été aussi un "siècle de fraternité". On ne peut certes pas donner une réponse sans nuances.(...) C'est pourquoi il me semble que le siècle qui s'ouvre devra être un siècle de solidarité. Nous le savons aujourd'hui plus qu'hier: jamais nous ne serons heureux et en paix, si nous continuons sans les autres, et encore moins, les uns contre les autres (...). Jamais plus les uns séparés des autres! Jamais plus les uns contre les autres ! Tous ensembles, solidaires, sous le regard de Dieu! Nous sommes tous responsables de tous. (Jean-Paul II, Discours au Corps Diplomatique, 10/01/2000)
1.4 L'Eglise et l'OCSO
Ce n'est pas le moment maintenant de montrer comment les grands événements politiques, sociaux, économiques et culturels du siècle ont marqué et marquent encore notre propre histoire monastique et cistercienne. Aussi je ne vais pas chercher à faire une chronique de la vie de l'Eglise et de l'Ordre durant ce siècle. Tout cela dépasserait une simple lettre comme celle-ci.
Mais il paraît opportun de rappeler que notre interprétation de l'histoire ne peut pas être une simple interprétation séculière ou sacrale. En tant qu'habitants de la frontière entre l'au-delà et l'ici, nous devons lire l'histoire comme un lieu de grâce et de rencontre de salut entre Dieu et les hommes, et un lieu de disgrâce entre la cité de Dieu et la cité de Satan.
Nous pouvons donc dire que l'histoire de l'humanité n'est pas ce qu'on voit et ce qu'on lit tous les jours dans les actualités et les journaux. Ni les uns, ni les autres ne tiennent compte de la main de la Divine Providence qui guide le cours final des événements. Nous ne pouvons pas nier que: la compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste ne peut être perçue que par la foi; bien plus, elle demeure le mystère de l'histoire humaine (GS 40). Ce qui vraiment oriente et dirige le chemin historique de l'humanité, est la recherche radicale du Règne de Dieu et de sa justice, en suivant le Ressuscité, dans la confiance que le reste sera donné en surcroît.
Avec encore plus de justesse on peut dire que l'histoire de l'Eglise est en même temps une histoire humaine et une histoire théologale: elle existe dans les coordonnées de temps et de lieu et vit du mystère révélé et accepté dans la foi. L'histoire de l'Ordre fait partie de l'histoire de l'Eglise; ainsi nous pouvons dire que ce qui est valable pour elle l'est aussi d'une certaine manière pour notre Ordre. L'histoire de l'Ordre est une histoire dans un contexte humain, et en même temps une histoire qui est assumée divinement dans le mystère du Salut du Dieu-Amour. Notre histoire a deux grands acteurs qui coopèrent et agissent ensemble: l'Esprit du Christ et chacun de nous. Il est facile de détecter les traces que nous-mêmes avons laissés avec le temps en différents lieux, mais il est difficile de découvrir les empreintes de Dieu, puisqu'elles échappent au "quand" et au "où".
Dans l'histoire de l'Eglise, et cela est vrai aussi pour l'Ordre, chaque Jubilé ou anniversaire est préparé par la Providence Divine. J'invite chacun - selon sa grâce, et au moment qu'il trouvera opportun - à regarder, avec les yeux de la foi, l'histoire de l'Eglise et de l'Ordre, surtout pendant les cent dernières années, afin de remercier et de se convertir, d'assumer et de louer.
Remercier et louer, surtout pour les signes d'espérance qui brillent dans le ciel ecclésial à la fin du deuxième millénaire: acceptation des charismes et promotion ecclésiale du laïcat; reconnaissance de la vocation de la femme dans l'Eglise; floraison des mouvements ecclésiaux; dévouement à l'oeuvre de l'unité entre les chrétiens; ouverture au dialogue inter-religieux; dialogue avec la culture moderne ou contemporaine; catholicité ou universalité respectueuse des différentes cultures; appui inconditionnel pour la paix, la justice, la dignité et la vie humaines; la reconnaissance du "profil marial" de l'Eglise...
Louer et remercier, car l'éclat de la Résurrection ne manque pas dans l'Ordre d'aujourd'hui, comme le fruit d'un hier qui a été vécu dans la fidélité à la grâce: plusieurs martyrs qui ont scellé par le sang l'offrande de leur vie; un corpus de documents législatifs qui inspirent par leur esprit et qui sont clairs dans les normes; fidélité jusqu'à l'héroïsme dans des situations extrêmes; inculturation du patrimoine dans de nouveaux contextes culturaux; fondations dans les jeunes églises; collaboration croissante entre moines et moniales dans le service de l'autorité; ouverture affective et effective à la Famille Cistercienne; participation de groupes de laïcs au charisme cistercien...
Un regard contemplatif sur notre propre histoire nous rappellera aussi cette parole du Patriarche Benoît: Ce que l'on verra de bon en soi, le rapporter à Dieu, non à soi-même; quant au mal, comprendre toujours qu'on l'a fait soi-même, et le réputer sien (Règle 4,42-43)
2. Jésus ressuscité
Ouvrons maintenant les yeux à la lumière divine, à cette lumière de la vie qui illumine nos pas et nous permet de courir en avant, sans que nous surprennent les ténèbres de la mort (Saint Benoît, Règle, prol, 9-10,13). Jésus Christ, plénitude des temps, est le Seigneur des siècles, et peut-être encore plus de notre XXième siècle. Il donne le sens définitif à toute l'histoire et la transforme en histoire du salut. C'est à dire: une succession de faits divins et de réponses humaines pour accomplir le dessein de Dieu. Quand Dieu se fait homme et ressuscite d'entre les morts le divin fait irruption, comme jamais auparavant, dans l'histoire humaine. Ainsi Dieu, fait homme et ressuscité d'entre les morts par le pouvoir d'en haut:
- Donne un sens au passé dont Lui-même est la plénitude.
- Transforme le présent en un moment favorable.
- Donne un sens à l'avenir en l'ouvrant à l'espérance qui a vaincu la mort.2.1 Evénement métahistorique
Les témoins de la résurrection la présentent comme un événement limite: ce qui la précède est incarné dans l'histoire, mais la résurrection elle-même, et ce qui la suit, saute hors des frontières de l'historique. Le Ressuscité se trouve dans un état de vie qui transcende les coordonnées du temps et de l'espace, et dans ce sens il est "trans-historique".
D'autre part, les témoins du Ressuscité et les témoignages sur la résurrection peuvent être datés et localisés. Et on peut en dire autant de l'impact et des conséquences de cet événement tout au long de l'histoire humaine. L'existence et la présence séculaire de l'Eglise en est la preuve. C'est le grand paradoxe de la foi chrétienne: elle est fondée sur un événement métahistorique avec des conséquences historiques révolutionnaires.
Après le Calvaire tout aurait été terminé si Jésus, ressuscité par le Père, n'avait pas commencé à: se laisser voir, se montrer, se révéler, apparaître (Lc 24,34; Act 7,2,30; 13;39; 1Cor 15,5-8). Il s'agit de quelque chose qui s'impose du dehors à l'encontre de l'expérience objectivement vérifiable de la croix et de la mort. Car l'initiative appartient à Jésus; les disciples le reçoivent, l'acceptent.
C'est ici que Jésus-Christ se laisse voir ou se montre dans sa nouvelle condition de gloire (Act 22,11). Il s'agit d'une apocalypse (révélation) de Jésus Christ (Gal 1,12,16). La gloire révélée est une anticipation de l'eschatologie, de ce qui est l'ultime et le définitif.
L'expérience de la rencontre avec le Ressuscité est unique en son genre, et n'a aucun point de contact ou de comparaison avec d'autres expériences spirituelles. Elle donne lieu à une "connaissance" qui n'est pas une simple connaissance objective qui reste en dehors de celui qui en a l'expérience. Celui qui rencontre le Ressuscité se trouve totalement affecté et possédé par le Seigneur. Cette connaissance n'est pas indépendante de la foi, mais elle n'est pas une conséquence de la foi; c'est le Ressuscité qui est le fondement de notre foi: Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre foi (1Cor 15,17).
Notre foi dans le Ressuscité se base sur le témoignage apostolique, nous n'avons pas de doute à cet égard. Mais ce n'est pas tout. Notre témoignage de Jésus Ressuscité, pour être vrai, ne doit pas se baser simplement sur quelque chose qu'on a entendu; il doit s'appuyer aussi sur notre propre "expérience" du Ressuscité, par la médiation de l'Esprit Saint dans le cadre de l'Eglise croyante.
Nous connaissons Dieu par la foi comme par ouï-dire; mais c'est par l'amour contemplatif que se révèle à nous comme par une manifestation de sa présence, celui qui s'est fait connaître par ouï-dire. On découvre, comme s'il était réellement présent celui qui auparavant semblait comme inconnu, n'étant connu que par ouï-dire, au lieu d'être connu par sa présence (Grégoire Le Grand, Commentaire sur le premier livre des Rois, SCh, 391).
C'est ainsi que l'Eglise, en chaque moment de son histoire, fait l'expérience du Christ en soi-même et se sent fleurir de la plénitude de la vie. Ainsi elle peut témoigner avec confiance et audace du message de salut. (Paul VI, Ecclesiam suam, 6). L'expérience n'est possible que si la foi accepte le Christ: assis à la droite du Père, non plus dans son état humilié, mais dans sa chair céleste, la même chair mais d'une toute autre splendeur. Cette foi purifie le coeur et permet d'avoir l'expérience du Ressuscité: avec la main de la foi, le doigt du désir, l'étreinte de la ferveur, l'oeil de l'esprit (Saint Bernard, SC 28,10).
La communauté en tant que communion fraternelle d'amour dans l'Esprit, est un espace théologal où l'on peut faire l'expérience de la présence mystique du Seigneur Ressuscité (Vita consecrata 42; cf Mt 18,20). L'Abbé de Clairvaux a quelque chose à dire à cet égard: Tu te trompes, Thomas, quand tu penses que tu peux voir le Seigneur quand tu te sépares du collège des apôtres. A la Vérité ne plaisent pas les coins et les cachettes. Il se trouve au centre, c'est-à-dire, il aime l'observance, la vie commune et la volonté de la majorité (Saint Bernard, Asc 6,13) .
Ces expériences n'ôtent absolument rien à la vie de foi; au contraire elles la rendent possible avec tout ce qu'elle contient de dépouillement et d'oubli de soi que demandent la vie de foi et d'amour. Qui a touché le Ressuscité avec la main de la foi pourra affirmer: Il me suffit que Jésus vive! Si Lui vit, je vis aussi, parce que mon âme dépend de Lui; et plus encore, Il est ma vie, Lui seul me suffit. Que pourrait me manquer donc, si Jésus vit. Que toutes choses me manquent - rien m'importe - si du moins Jésus vit. Pour autant, s'il lui plaît que je manque à moi-même, il me suffit que Lui vit, même s'il était pour Lui seul.(Guerric, Sermon 33,5)
Il faut dire finalement que notre expérience est la même, mais non identique à celle des premiers témoins: la nôtre présuppose celle-là; leur expérience s'appuie sur les années qu'ils ont vécu avec le Maître. En tout cas, s'il y avait seulement le témoignage de l'expérience des apôtres, le Ressuscité serait un personnage du passé, qui n'agirait pas dans le présent et il lui serait difficile d'être la cause de notre espérance pour l'avenir.
Je rappelle que dans la conférence de clôture des Chapitres Généraux de 1990 j'ai dit quelques paroles sur mes "points faibles et points forts". Parmi ces derniers j'ai mentionné: "Pouvoir témoigner de la présence constante et active du Ressuscité et de sa Mère au sein de l'Eglise". Est-ce que je peux affirmer aujourd'hui, dix ans plus tard la même chose? Grâce au témoignage évangélique de nos sept frères de l'Atlas, je réponds avec une conviction et une audace plus grande qu'auparavant: Oui! Cette affirmation est un acte de foi, qui met une fois de plus ma liberté et ma conscience sous l'influence de la grâce divine. Cette affirmation pourra être crue et acceptée si je l'incarne dans une vie docile qui porte des fruits dans l'Esprit Saint.
2.3 Evénement inexprimable
Il n'était pas facile pour nos premiers frères dans la foi de trouver les paroles appropriées pour décrire la nouvelle expérience qu'ils avaient vecue. Dès la première annonce les témoins emploient un vocabulairevarié qu'on peut grouper en trois catégories: résurrection, exaltation, vivification. Les textes suivants illustrent ce que je viens de dire.
- Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé (Rm, 10,9).
- Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom (Ph 2,9).
- Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l'esprit (1P 3,18).Comme on le peut constater les premiers témoins ont communiqué le fait au moyen de formules qui devenaient vite publiques et fondamentales. Ces formules viennent de contextes différents: prédication, catéchèse, liturgie et mission. Voici deux autres textes, très anciens, que l'apôtre Paul a repris plus tard dans ses lettres:
- Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les écritures, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu'il est apparu à Céphas, puis au Douze...(1Cor 15,3-5).
- Issu de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l'esprit de sainteté, par la résurrection des morts, Jésus Christ notre Seigneur... (Rm 1,3-5).
Ensuite furent composés les récitspascals que nous trouvons dans les évangiles. Il s'agit du tombeau vide, du témoignage des femmes (des données qui ne sont pas dans la première annonce ou kérygme) et les apparitions du Ressuscité (avec des différences de temps, de lieu, de destinataires, de réactions). Ces récits complètent le kérygme de manière apologétique (Résurrection du corps).
Finalement nous avons les discourskérygmatiques de Pierre et Paul, inclus dans les Actes des Apôtres ( Ac 2;3;4;10 & 13). Derrière la rédaction de Luc, ces discours représentent un noyau archaïque (présence de sémitismes) qui fait partie de l'annonce faite à la communauté primitive. Nous y trouvons trois éléments typiques: l'opposition entre le rejet par les dirigeants juifs et l'action efficace de Dieu qui a ressuscité Jésus; la conversion des disciples, grâce aux apparitions, en des témoins de la "prouesse" eschatologique avec laquelle Dieu a réalisé le salut; confirmation de l'agir divin par le témoignage de l'Ecriture.
Tous ces textes, à travers une variété de formules, nous communiquent un unique message d'importance vitale, car c'est celui qui est le fondement de notre foi chrétienne:
- Jésus est apparu après sa mort à certains disciples.
- Il fut annoncé comme ressuscité d'entre les morts.
- Le Ressuscité est le Crucifié même, mais il n'est plus le même.
- Son corps physique est maintenant un corps spirituel et glorifié.Et ce n'est pas seulement notre foi qui est basé sur cette vérité. Notre vie monastique, en tant que vie de foi, n'aurait pas d'identité chrétienne et absolument pas de sens sans le Christ glorifié. Notre vie monastique est une résurrection progressive dans le Christ Ressuscité! (Cf. Guerric, Sermon 35,5).
2.4 Evénement plein de sens
Tous les textes du Nouveau Testament sont une "relecture" du fait de la résurrection et de la réalité du Ressuscité. Cela signifie que la résurrection et le Ressuscité synthétisent en soi toute la réalité. Ce noyau fondamental du fait et du message chrétiens est d'une richesse inépuisable. Tâchons d'entrer dans ce mystère et de chercher son sens.
La résurrection de Jésus-Christ, considérée globalement, peut être comprise comme l'irruption de l'eschatologie (l'ultime, l'insurpassable, le définitif) dans notre histoire. C'est l'Esprit qui fait irruption dans la chair mortelle et la vie absorbe complètement la mort. Il s'agit de la révolution définitive dans l'évolution cosmique, humaine et historique.
Du point de vue du Père et du Saint Esprit, nous pouvons dire, bien que ce soit une affirmation audacieuse, que la Paternité divine, féconde et virginale, atteint son apogée, d'une manière humainement imprévisible, dans la résurrection du Fils unique. C'est l'oeuvre suprême de la création et de la spiritualisation. La première création vint du néant, la seconde de la mort. La résurrection révèle comment le Père et l'Esprit se sont donnés pour répondre avec amour à une vie donnée jusqu'au dépouillement total sur la croix. Ainsi s'accomplit la prophétie du psalmiste: il ne laissera pas son saint voir la corruption et n'abandonnera pas son âme à l'Hadès, il lui a fait connaître les chemins de vie et l'a rempli de joie en sa présence.
Pour Jésus, la résurrection est avant tout sa réhabilitation totale après une condamnation honteuse. C'est le "Oui" lumineux de Dieu contre le "Non" obscur des êtres humains. C'est en effet le témoignage incontestable que Jésus est le prophète ultime et définitif de Dieu. En souffrant l'abandon et en se mettant dans les mains du Père, Jésus courait un risque qui ne pouvait que finir bien et pour cela il est bienheureux et ses béatitudes sont vraies. Le péché et la mort, assumés par le Christ dans sa propre chair, sont ainsi détrônés et vaincus. Jésus a éprouvé sa résurrection comme:
- Une transformation en un corps spirituel et un esprit qui donne la vie (1Cor 15,44-45)
- Une re-création en un homme nouveau, un père nouveau de l'humanité et premier né des ressuscités (Rm 5,7; 1Cor 15,20ss).
- Une incarnation pleine, la plénitude de la divinité réside corporellement en Lui (Col 2,9).
- Un don de l'Esprit qui fait de lui le Donneur de l'Esprit (Jn 20,22).
- Une nouveauté et "renaissance" dans sa filiation divine (Rm 1,3-4).
- Une réception du Nom qui est au-dessus de tout nom (Ph 2,9).A partir de sa résurrection Jésus peut s'identifier complètement avec les persécutés et les petits. Il jouit de la possibilité d'une présence sacramentelle sous les espèces du pain et du vin pour être mangé et bu par les croyants. En un mot, le Ressuscité est la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout (Ep 1,23)
Les apôtres ont éprouvé la Résurrection comme la transformation de Jésus de Nazareth en Jésus-Christ le Seigneur et , de simples disciples, il sont devenus des témoins du Ressuscité. Ils ont compris ainsi que Dieu se trouvait déjà dans le Crucifié, dont le visage montrera par la Résurrection la gloire divine. L'Evangile ne nous parle pas d'apparitions du Ressuscité à sa Mère. Peut-être, afin que son bonheur trouve son accomplissement par la foi sans avoir vu (Jn 20,29); et pour plaire ainsi encore plus à Dieu (He 11,6). En tout cas, étant mère, la résurrection de son fils l'a affectée au plus profond de son âme. Elle commençait ainsi, à ce moment même, l'expérience de son assomption glorieuse à la suite du premier-né d'entre les morts.
Si le Seigneur Ressuscité soutient et vivifie notre foi, sa résurrection explique complètement notre vie en Lui. En effet la résurrection se trouve à l'origine de l'Eglise et de notre foi. Quand nous avons été baptisés en sa Pâque et avons reçu son Esprit, nous avons été transformés dans le Corps du Christ glorieux. La résurrection est le motif de notre espérance et le gage de notre résurrection future; elle nous assure que notre travail et nos efforts pour le Règne ne sont pas sans fruits .Elle nous permet de réciter avec foi le Notre Père, de demander la sanctification de son Nom et la venue du Règne, c'est-à-dire, la résurrection à la fin des temps. Et pourquoi ne pas penser que les femmes ont été privilégiées et qualifiées pour être les premiers témoins de la résurrection ? De toute façon, nous savons aussi bien qu'elles, que croire dans le Kyrios signifie en même temps suivre le Crucifié, mais avec la force et la grâce du Ressuscité. Grâce à Lui nous vivons sans craindre de mourir, et nous mourons sans perdre la vie.
Frères et soeurs, au début de cette lettre je vous ai invités à contempler le XXième siècle; à découvrir dans son sein le Ressuscité. Le temps est habité par Lui qui est le Seigneur de l'histoire. Notre espérance ne peut donc pas mourir, chaque moment de cette vie est semence pour l'éternité. Tout ce qui va se passer jusqu'à la fin du monde sera une expansion et une explication de ce qui s'est passé le jour de la résurrection. Ce jour-là, le corps du Crucifié fut transformé par la force de l'Esprit et changea à son tour pour devenir la source du même Esprit pour toute l'humanité.
Le Dimanche est le jour où le Ressuscité d'entre les morts se fait présent. Pour la même raison, le Dimanche est le jour qui révèle le sens du temps: issu de la résurrection, il traverse le temps humain, les mois, les années et les siècles, comme une lance qui nous oriente vers la seconde venue du Christ. Le Dimanche est la préfiguration du jour final, le jour de la Parousie, anticipée déjà dans l'événement de la Résurrection. Amen, marana tha, viens Seigneur Jésus! Oui, je viens vite.
Fraternellement en Marie de St Joseph.
Bernardo Olivera
Abbé Général
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