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ORDO
CISTERCIENSIS S.O.
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ABBAS GENERALIS
Prot. N 98/AG/01 Rome, 26 janvier 1998
Chers frères et soeurs,
Nous célébrons le neuvième centenaire de la fondation de Cîteaux. Et dans deux ans l'histoire chrétienne tournera la page vers un nouveau millénaire. C'est dans ce cadre que cette lettre veut se placer.
Je voudrais avec respect regarder vers le monde, l'Eglise et l'Ordre
en partant de ma propre expérience, limitée, dans la
situation actuelle. Il est important de connaître le contexte de
vie dans lequel se développe notre existence. Pour tous et toujours
reste vrai que tout point de vue est la vue d'un point, mais que sans point
de vue le présent et l'avenir se perdent de vue.
Les changements accélérés de ces derniers temps
nous permettent de dire que nous ne vivons pas seulement dans une époque
de changements (le passage chronologique vers l'an 2000) mais dans un changement
d'époque (changements culturels profonds). De plus nous vivons
dans une culture où le changement est un mode de vie, et ainsi nous
vivons avec le changement, dans le changement et dans l'attente d'un changement
permanent.
Ces mutations profondes sont autant un temps de crise qu'un temps de grâce. Ce sont des moments d'un discernement apocalyptique et de l'heure de Dieu qui veut faire intervenir avec plus de poids sa volonté salvifique.
D'une manière encore plus profonde la célébration du neuvième centenaire de la fondation de Cîteaux, notre mère à tous, est une occasion de vivre le temps comme une liturgie, c'est à dire une occasion de rendre grâce et de se convertir.
Cette lettre voudrait être une aide pour la réflexion, pour la prière et pour l'action. Je voudrais vous aider à comprendre les signes du temps, et je sais aussi que vos réponses et vos réactions seront une aide pour moi.
CONTEXTE MONDIAL
Nos monastères, disséminés sur les cinq continents, se retrouvent dans ce cadre mondial caractérisé par: la modernisation néo-libérale et l'exclusion des pauvres; la mondialisation de la culture et le pluralisme culturel qu'on revendique; la recherche de nouveaux dieux; la soif de Dieu et la nécessité d'une nouvelle évangélisation.
Un regard lucide sur la situation du monde nous permet de découvrir au moins une série de méga-tendances qui caractérisent profondément notre monde d'aujourd'hui. Ces grandes tendances que je vais indiquer nous permettent de dessiner un cadre de référence, qui nous montre un chemin, même si nous n'en connaissons pas le terme ni le lieu d'aboutissement.
- La guerre froide est terminée, ainsi que la course aux armements entre les deux hégémonies et leurs blocs: d'un côté la Russie et les pays socialistes, de l'autre côté les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux. La Russie n'existe plus en tant que super-puissance. Nous vivons sous un monopole géopolitique: personne ne met en doute le contrôle universel des Etats-Unis. Et c'est encore trop tôt pour prophétiser ce qui pourra arriver quand la Chine aura émergé de l'océan de notre monde.
- La dissolution du bloc des pays sous l'hégémonie de l'Union Soviétique a donné lieu au surgissement des nationalités et des nationalismes. En certains lieux ce développement coûte le prix du sang. Il suffit de se rappeler la guerre aux Balkans. Et on peut en dire autant des guerres ethniques récentes et actuelles, alimentées par des intérêts extérieurs dans les pays d'Afrique Centrale.
- La révolution industrielle a cédé le pas à la révolution technologique. Nous commençons déjà à voir ce que cela signifie pour les relations de travail et les formes de production des biens: la main d'oeuvre n'est plus prioritaire ni la matière première et les pays qui l'exportent. La science et la technique commandent le domaine du travail. En conséquence l'abîme devient plus grand entre le Nord développé et le Sud en voie de développement.
-En relation avec ce que je viens de dire il y a eu un autre changement significatif: l'interdépendance ou la planétarisation en un seul système universel où tout touche à tout à l'échelle de notre planète. Bien qu'il s'agisse au fond d'un phénomène structurel et technologique qui ouvre la porte à beaucoup de possibilités, il produit actuellement des fruits surtout dans le milieu économique régional. Ainsi sont nés: la Communauté Economique Européenne, le Marché Commun Nord-Américain, le Bloc Japon et Sud-Ouest de l'Asie, le Marché Commun du Cône Sud de l'Amérique.
- La discussion entre socialisme et capitalisme n'a plus lieu. L'hégémonie du système capitaliste sous la forme néo-libérale est un fait. Le néolibéralisme économique s'est servi du phénomène de l'interdépendance pour globaliser l'économie mondiale et transformer le monde en un immense marché libre. Pour les pays pauvres du Tiers-Monde il y a le dilemme de l'exclusion ou de l'inclusion dans le nouveau modèle unique de développement et d'exploitation. Quoi qu'il en soit, 30 % des pauvres restent exclus. C'est le prix de l'inclusion: les masses appauvries sont devenues les ordures humaines du monde. Le néolibéralisme montre une grande préoccupation et efficacité pour la production économique avec une inefficacité et un manque d'intérêt pour la distribution sociale des biens qu'il produit. Non seulement il ne résout pas les problèmes qui existent, mais il les augmente.
- Nous nous trouvons aussi devant un changement culturel avec
des conséquences profondes :
- La croissance d'une culture "de masse" ou culture "universelle"
qui est née en Amérique du Nord, d'où elle est exportée
et nous envahit.
- L'essor des moyens de communication qui transmettent des formes
culturelles et en même temps conditionnent et déterminent
la culture.
- Le passage et le contre-courant, dans l'occident nord-atlantique,
de la culture "moderne" à la culture "post-moderne".
- L'influence croissante de la femme qui revendique une place plus
grande en termes de service, d'autorité et de pouvoir.
- La déchristianisation de l'Europe chrétienne; la
prolifération des chrétiens sans église, pour qui
le christianisme est un lieu de référence, mais qui n'y adhèrent
pas; l'émergence rapide du catholicisme africain et la lente christianisation
de l'Asie multi-religieuse.
CONTEXTE ECCLÉSIAL
L'Eglise contemporaine n'est pas étrangère aux joies et aux peines du monde qu'elle habite et qu'elle veut servir avec la lumière et la force de l'Evangile. Elle n'est pas étrangère aux changements profonds et à la transition accélérée que vit le monde d'aujourd'hui.
Il y en a qui parlent d'un printemps ecclésial, d'autres parlent d'un hiver. Le projet global de la nouvelle évangélisation serait un signe du premier, le rigide uniformisme catholique du centre une expression de l'autre.
Une analyse plus approfondie nous permet de parler de tendances
fondamentales, de catégories analytiques ou de modèles théoriques
qui nous aident à comprendre et à décrire la réalité
ecclésiale contemporaine. Dans leur réalité historique
les différentes églises locales - ainsi que les ordres et
congrégations religieuses - participent à plusieurs des différents
modèles, mais avec des accents différents, dont un est dominant.
On peut ainsi distinguer trois modèles ecclésiaux:
- Un modèle traditionnel, qui met l'accent sur l'institutionnel
et qui entend communiquer la vérité à un monde qui
est loin et éloigné de Dieu.
- Un modèle moderne qui met l'accent sur l'organisation
et présente une doctrine pour répondre aux questions des
personnes et des sociétés sécularisées.
- Un modèle incarné où "suivre Jésus
Christ" tient une place privilégiée et qui annonce à
tous la bonne nouvelle et veut l'incarner à partir de la pauvreté
et des pauvres.
Si nous nous situons au centre du monde chrétien, Rome et le Vatican, nous pouvons reconnaître deux programmes qui commencent à se dessiner à la fin de ce millénaire. Il s'agit, une fois de plus, de programmes qui ne s'excluent pas mutuellement mais qui caractérisent en un certain sens le collège des cardinaux.
- Un programme religieux-politique: qui veut que la foi
soit reconnaissable dans la politique pour renforcer la fonction
éthique-politique de l'Eglise dans la société; son
ennemi c'est le côté obscur de la modernité et le sécularisme
qui s'oppose aux modèles sociaux chrétiens.
- Un programme dialogal-réformiste: qui stimule le
dialogue avec les autres grandes religions, l'ouverture oecuménique,
les changements dans l'exercice de la papauté et la réforme
de la structure de la curie romaine pour favoriser un système plus
ecclésial.
Il n'y a pas de doute que l'Eglise en cette fin de millénaire a été marquée fortement par le pontificat de Jean-Paul II. Une personnalité complète avec beaucoup de faces: un homme doux et fort, patient et résistant, avec une grande capacité de leadership, de bonnes qualités d'acteur et de communicateur, avec une facilité pour les langues et la rhétorique, artiste et poète... Un "portrait" de lui le déborde et peut nous dire beaucoup de l'Eglise d'aujourd'hui et, peut-être, de l'Eglise de demain. Le pontificat de Jean-Paul II, qui compte près de vingt ans, nous permet de relever les traits suivants comme caractéristiques de notre Pape.
- Philosophe-théologien: de formation thomiste et personnaliste.
Clairement christo-centrique et ainsi très intéressé
à l'anthropologie.
- Avec une dévotion tendre pour Marie, Mère de Dieu
et de l'Eglise, le Pape qui a consacré à Marie des personnes,
des villes, des nations et le monde entier.
- Il est habitué à jouer sur un double registre: vers
l'extérieur, il est le Pape des minorités ethniques, des
droits de l'homme, des marginaux et des pauvres; vers l'intérieur,
il est le défenseur de la doctrine traditionnelle, le gardien de
la discipline ecclésiastique et le créateur de nouveaux projets
pastoraux.
- Pape avec une grande ouverture pour le dialogue oecuménique
et le dialogue inter- religieux.
- Un Pape voyageur et missionnaire comme aucun de ses prédécesseurs:
il passe 20% de son temps en voyage.
- Ses nominations des évêques ont suscité un
type d'évêques: d'une théologie solide et orthodoxe;
avec une forte identité catholique, fidèles à Rome,
centrés sur la spiritualité.
- Un Pape qui a condamné aussi bien le communisme que le capitalisme
sauvage afin d' "humaniser" le sens du travail. Quand il s'opposait
au communisme, il était applaudi par l'Occident et ceux de l'autre
côté voulaient l'assassiner physiquement; maintenant qu'il
critique le capitalisme et ses conséquences culturelles, il est
annulé moralement par beaucoup d'occidentaux.
- Le Pape qui a la plus grande influence politique de tous les temps:
médiateur dans les conflits du Canal de Beagle, du Liban, de Panama
et surtout de Pologne..., participant actif dans plusieurs assemblées
patronnées par les Nations Unies: Le Caire, Beijing; Río
de Janeiro.
- Grand ami et défenseur comme personne d'autre de la femme
dans le monde d'aujourd'hui. Le plus curieux est que beaucoup de femmes
qui ne connaissent les opinions du Pape que par la presse pensent que le
Pape est un anti-féministe.
Tournons maintenant nos regards vers la Vie consacrée.
C'est le milieu de vie le plus immédiat dans lequel se place notre
vie monastique. Selon les différents contextes géographiques,
nous pouvons signaler quelques situations caractéristiques.
-En Afrique, vierge et tant de fois violée, mais toujours
fidèle à elle-même, la vie consacrée est caractérisée
par un esprit de fête et de communauté très fort, par
le sens profond de l'autochtone et de l'inculturation.
-En Asie, harmonieuse depuis des siècles, mais pour
le moment tendue devant un avenir incertain, les traits saillants de la
vie consacrée sont: être une minorité significative,
chercher de nouvelles formes monastiques et s'ouvrir à des expériences
religieuses temporaires comme préparation à une vie dans
le monde.
- En Amérique du Nord technologique, sécularisée
et religieuse, défenderesse des libertés et creuset
de tant de races, la vie consacrée manifeste une sensibilité
aiguë pour le pluralisme culturel et pour la situation de la femme
dans la société et dans les églises.
- En Amérique Latine, un continent à majorité
catholique, berceau de tant de martyrs, avide d'une justice sociale
si largement attendue, la vie religieuse cherche de nouveaux styles dans
le sens de l'histoire avec une insertion dans les milieux pauvres et marginaux
de la société.
- En Europe Occidentale, qui a exporté des formes culturelles
classiques, toujours sage comme un ancien, la vie consacrée cherche
à redimensionner ses oeuvres, à vaincre la crise des vocations
et à être le cri d'un prophète face à l'embourgeoisement
social.
- En Europe Centrale et Orientale, riche en traditions de
longue haleine et séparée pendant beaucoup d'années
de sa soeur occidentale, la vie consacrée expérimente la
place centrale du monachisme, les stigmates glorieuses de sa fidélité
au Seigneur et un aggiornamento qui ne trahisse pas son caractère
propre et son histoire.
- Et en Océanie, qui n'est pas un continent d'eau,
mais consiste en d'innombrables îles qui agrémentent l'Océan
Pacifique, la vie consacrée connaît des difficultés
pour la formation et la stabilité des personnes à cause des
distances énormes, et en même temps une grande espérance
vers l'avenir, grâce à sa jeunesse et sa fidélité
évangéliques.
L'AUJOURD'HUI ET L'AVENIR DE L'ORDRE
Il y a différentes manières de regarder l'Ordre tel qu'il se présente aujourd'hui et se projette vers l'avenir. Une manière, parmi d'autres possibles, est du point de vue des valeurs, des défis et des utopies. Pendant le dernier Chapitre Général j'ai parlé des utopies et des rêves. Il me semble maintenant le moment venu de nous arrêter aux valeurs et défis, tout en nous rappelant l'importance de rêver de façon créative quand on est éveillé.
UN DON PRECIEUX: l'IDENTITE MONASTIQUE
Les valeurs sont "des biens qui attirent" et donc des forces qui motivent notre conduite et nous permettent d'avancer et de persévérer sur le chemin choisi. Les valeurs sont des éléments constitutifs de la grâce cistercienne qui motivent les personnes, les communautés et l'Ordre. Nous pouvons dire que ces valeurs sont comme les dons d'une conquête. Ce sont des grâces ou des dons du Seigneur, qui impliquent beaucoup de sueur pour les recevoir, les vivre, les conserver et les faire croître.
Nous trouvons dans notre Ordre bon nombre de réalités de valeur dont on pourrait dire qu'elles sont acquises ou en voie d'acquisition, et que pour autant elles motivent effectivement l'Ordre. Mais cela ne signifie pas qu'on puisse dormir sur ses lauriers; au contraire, nous devons nous interroger afin de pouvoir avancer et continuer notre chemin.
Je voudrais m'arrêter maintenant à un de ces dons précieux, fruit d'une conquête, qui nous caractérise aujourd'hui: l'affirmation claire, existentielle et juridique de notre identité monastique contemplative dans l'Eglise et face à la société. Pouvoir énoncer cette affirmation, après tant d'années de renouveau, aggiornamento et réforme institutionnelle, est un motif pour rendre grâce à l'Esprit du Seigneur qui nous a toujours accompagnés et guidés.
On comprend l'importance d'une identité bien définie
si l'on se rend compte que sans une identité bien définie
au cours de l'histoire :
- Il est impossible d'avoir une conscience de soi-même, une
continuité dans le temps et une cohérence à un moment
déterminé, aussi bien comme personne que comme moine ou moniale.
- Et il est aussi impossible d'avoir une existence continue, malgré
les changements dans la manière concrète de vivre les observances
monastiques et dans les structures pastorales de l'Ordre.
- Et le sens de la communauté et du partage continu de la
vie serait impossible.
Je sais bien qu'il y a différentes manières de comprendre l'identité. Mais à présent nous voulons parler seulement de l'identité comme modèle significatif et relation dynamique.
L'identité au sein des différentes formes de vie dans le peuple de Dieu émerge des relations dans l'existence ecclésiale. La distinction de chaque charisme apparaît dans le contexte de la tension entre la convergence et la divergence, entre la communion et la séparation.
Nous pouvons donc affirmer que notre identité est une réalité qui nous permet de nous affirmer par ce qui nous rend significatifs, dans un tissu de relations sans inclusions ou exclusions fausses.
Ainsi nous pouvons dire que nous nous identifions comme des disciples significatifs de Jésus au sein de la communauté ecclésiale. Mais c'est évident que cela ne suffit pas. Les années post-conciliaires nous ont appris à remonter aux origines. Rappelons-nous que pour mieux profiler notre identité cistercienne, il était nécessaire de consulter nos Pères fondateurs de Cîteaux. Quelles sont les leçons que nous avons apprises ?
Souvenons-nous en premier lieu de l'intention ou du "projet" de nos Pères. Disons avant tout que la réforme qu'ils ont entreprise était surtout un mouvement de renouveau spirituel. Un tel projet de renouveau ne pouvait s'appuyer que sur des idéaux clairs et précis. Quels étaient ces idéaux ? Qu'est-ce qui caractérisait le charisme fondateur de nos premiers Pères ?
La documentation primitive de Cîteaux, malgré tous
les problèmes qu'elle pose aux historiens, nous parle clairement
de:
- Authenticité dans l'observance monastique, dans la
vie spirituelle et dans la vie liturgique
- Simplicité et pauvreté en tout pour suivre
le Christ pauvre et être pauvre avec lui.
- Solitude afin de pouvoir vivre pour Dieu en édifiant
la communion fraternelle.
- Austérité de vie et travail afin de faire
croître l'homme nouveau.
- Conformité absolue avec la Règle de saint
Benoît sans additions qui soient contraires à son esprit ou
à la lettre.
En réalité tout était très semblable à ce que cherchaient tous les réformateurs ou rénovateurs des onzième et douzième siècles. Tout de même, l'accent mis par le Nouveau Monastère sur la Règle de saint Benoît, observée avec "plus de rigueur et perfection" - artius et perfectius - paraît avoir été la clé de son succès. En effet, les premiers Pères trouvaient dans la conformité à la Règle l'identité monastique qu'ils désiraient et, surtout, l'équilibre nécessaire et l'harmonie qu'implique une recherche de Dieu à longue haleine.
Les documents primitifs ne parlent pas d'une observance littérale de la Règle. Il s'agit de l'observer avec toutes ses exigences et de la suivre dans sa pureté et sa rectitude. Ce sont la rectitude et la pureté de la Règle qui en constituent l'essentiel, c'est à dire une forme pratique et monastique de vivre l'Evangile. La Règle a offert à nos fondateurs un chemin direct de perfection évangélique, grâce à un équilibre discret entre les observances monastiques traditionnelles. Les dura et aspera et les observances sont des médiations, c'est à dire des instruments et des expressions aptes pour la puritas cordis et l'unitas spiritus avec Dieu.
Voici les convictions fondamentales concernant la Règle
de saint Benoît qu'ont voulu incarner les Pères cisterciens
de la première heure:
- La recherche de Dieu est le but de la vie monastique (RB 58,7).
- On rencontre Dieu dans le Christ (RB 4,21; 72,11).
- Le cénobite le cherche sous une Règle et un Abbé
(RB 1,2).
- L'Opus Dei tient une place prioritaire (RB 43,1-3).
- La prière privée est la préparation et la
prolongation de l'Opus Dei (RB 4,56; 52,1-5).
- La lecture et la méditation en alternance avec le travail
constituent l'équilibre de la journée (RB 48)
- L'obéissance, la taciturnité et l'humilité
sont les piliers de la vie ascétique (RB 5-7).
- La charité fraternelle sous la forme du bon zèle
domine la morale de la Règle (RB 72).
- Le monastère est un atelier dans lequel le moine travaille
toute sa vie sous les ordres du Seigneur et pour le Seigneur (RB 4,78).
- La discrétion est la vertu essentielle pour qu'il y ait
la paix dans la Maison de Dieu (RB 64,17-19).
- La stabilité est nécessaire pour la fécondité
de cette vie (RB 4,78; 58,9,17).
La Règle de plus, a enseigné à nos Pères - comme elle nous l'enseigne aujourd'hui - à vivre une vie intégrale, harmonieuse, équilibrée, holistique. En effet nous trouvons dans la Règle plusieurs couples de pôles qui s'équilibrent.
| Prière: Ecouter volontiers les saintes lectures, se prosterner fréquemment pour prier, confesser chaque jour à Dieu, dans la prière avec larmes et gémissements, ses fautes passées (4,55-57). | Travail: L'oisivité est l'ennemi de l'âme. Aussi les frères doivent-ils être occupés à des temps déterminés au travail manuel et à des heures déterminées aussi à la lecture divine (48,1). |
| Bien commun: Personne ne recherchera ce qu'il juge être son avantage, mais plutôt celui d'autrui (72,7). | Bien propre: S'il y a des artisans au monastère, ils exerceront leur métier en toute humilité: (57,1). |
| Prière commune: On ne préférera rien à l'oeuvre de Dieu (43,3). | Prière privée: Si quelqu'un veut prier à part où en privé, il entrera et priera (52,3). |
| Discipline: Châtier le corps, ne pas rechercher les plaisirs, aimer le jeûne (4,11-13). | Dispenses: L'abbé aura égard aux infirmités (34,2; 55,21). |
| Silence: En tous les temps les moines doivent cultiver le silence (42,1). | Communication: Les frères donneront leur avis en toute soumission et humilité (3,4) |
| Clôture: Personne ne se permettra de sortir de la clôture du monastère sans l'autorisation de l'Abbé (67,7). | Hospitalité: Tous les hôtes doivent être reçus comme le Christ (53,1). |
| Détachement: Que personne ne se permette d'avoir rien en propre, absolument aucun objet (33,2). | Besoins: Pour retrancher radicalement ce vice de la propriété, l'abbé donnera tout ce qui est nécessaire (55,18). |
| Anciens: Les jeunes honoreront leurs anciens (63,10). | Jeunes: Les anciens aimeront leurs inférieurs (63,10). |
| Sobriété: Quand le moine parle, qu'il le fasse doucement et sans rire, humblement avec gravité (7,60). | Joie: Que personne ne soit troublé ou peiné dans la maison de Dieu (31,19). |
Les premiers disciples de nos "fondateurs" - Bernard, Guillaume, Guerric, Aelred Baudouin, Jean, Adam - considèrent la Règle comme un texte qui offre une direction et des conseils pour la vie intérieure. Benoît présente une doctrine abondante sur l'humilité, l'obéissance, l'amour, la crainte de Dieu. Et encore plus, il invite à s'abreuver directement de l'Evangile et des Pères de l'Eglise. Nos maîtres du XIIème siècle relisent la Règle à la lumière de la tradition spirituelle précédente, sans négliger les signes de leur propre temps à eux. Ainsi ils vont développer certains traits de la vie dans l'Esprit qu'on rencontre à peine dans saint Benoît: la doctrine sur l'âme humaine, créée à l'image et la ressemblance de Dieu; l'importance de la connaissance de soi-même; des enseignements sur l'amour et la contemplation mystique. La dominici schola servitii se transforme en une schola caritatis.
Le charisme fondateur de nos premiers Pères, le charisme qui est à la base de notre identité cistercienne, se trouve exprimé dans les documents primitifs. Mais c'est évident que ces documents ne sont pas le charisme ou l'identité. Le charisme, comme expérience de l'Esprit qui donne une identité spécifique et rend conforme au Christ, réside dans le coeur humain: dans leur coeur et dans le nôtre.
Venons-en maintenant à notre temps. Le charisme cistercien comme forme spécifique de vie évangélique et comme don de l'Esprit qui nous pousse et nous transforme, se trouve dans le coeur de chacun de nous. En effet, notre vocation à un monastère cistercien peut être considérée comme la découverte de notre profonde identité spirituelle. Ayant trouvé l'empreinte de ce charisme à l'intérieur de nous-mêmes, nous avons voulu que cette grâce arrive à sa plénitude. Bien que cela semble un peu exagéré, nous pouvons dire que, quand nous sommes arrivés au monastère nous étions en possession de l'identité cistercienne et du charisme fondateur de Cîteaux à l'état pur, originel et en germe.
Le charisme des fondateurs et l'identité qui en découle, ont été transmis à chacun de nous pour les vivre, les conserver, les approfondir, et les développer constamment en communion avec le Corps du Christ toujours croissant.
Le bien de l'Eglise et du monde demande que nous soyons fidèles aux dons que nous avons reçus. Le charisme et l'identité cistercienne sont un don de l'Esprit pour l'Eglise, et à travers elle pour le monde. Les nouvelles Constitutions de l'Ordre sont notre carte d'identité qui nous permet de nous identifier au sein de la communion ecclésiale. Notre effort pour un nouveau pas de renouveau spirituel s'appuie sur ces convictions.
Je me permets, une fois de plus, de présenter une synthèse
des lignes de force de cette nouvelle étape de renouveau spirituel
inculturé, dans le contexte d'un monde en profond changement et
d'une Eglise qui nous invite à participer au processus de la nouvelle
évangélisation.
- Suivre Jésus.
- Orientation vers le Mystère.
- Formation cénobitique.
- Appartenir à l'Ordre.
- Communion ecclésiale.
- Discernement culturel.
- Inculturation du patrimoine.
- Dialogue oecuménique et inter-religieux.
Tout ce qui précède peut paraître un peu abstrait, mais il est facile de l'incarner si nous tournons notre regard vers chacun de nous, et si nous contemplons avec respect - la seule manière de regarder les personnes - les 4350 moines et moniales qui forment l'Ordre aujourd'hui. Il n'y a aucun doute que nous-mêmes sommes la grande valeur, le grand don mutuel, qui fait la richesse de l'Ordre aujourd'hui, après neuf siècles de pèlerinage dans l'histoire, guidé par le Seigneur.
Notre richesse, en effet, et la source d'action de grâce sont les 165 communautés de personnes de tout âge et condition sociale, appelées par un seul et même Seigneur. Dans quelques communautés il y a jusqu'à 4 ou 5 générations, ce qui représente une richesse incomparable en notre monde d'aujourd'hui.
Notre richesse ce sont tant d'anciens et d'anciennes, des personnes pleines de sagesse et de dévouement au prochain, content d'avoir vécu et de vivre, unies au Seigneur pendant des années de fidélité silencieuse. Notre richesse sont les jeunes, appelés par le Seigneur pour se conformer à son image monastique; ils et elles sont la vitalité d'aujourd'hui et l'espérance de demain. Notre richesse ce sont tant de personnes d'âge moyen qui portent aujourd'hui le poids de la journée, mais qui connaissent aussi la joie d'être les chaînons solides entre un passé et un avenir chargé de promesses.
Et pourquoi ne pas nommer parmi tant de personnes connues et inconnues les saints et les saintes qui font la joie de la maison du Seigneur ? Dans ce siècle qui s'approche de sa fin, le Seigneur nous a donné en plus le témoignage irréfutable des martyrs de Chine, d'Espagne et d'Algérie. Et il existent aussi d'autres motifs pour garder bien présents la bienheureuse Gabriella Saghedu de Grottaferrata-Vitorchiano, le bienheureux Rafaël Arnáiz Barón de San Isidro de Dueñas, le bienheureux Cyprian Michael Tansi de Mont Saint Bernard et le vénérable Marie-Joseph Cassant de Sainte-Marie du Désert.
Le thème de l'identité gagnera en importance dans un avenir immédiat. Des changements profonds ont déjà lieu dans le champ des communications et des interactions humaines et on se rend compte aussi que toute vie est inter-connectée. La conséquence sera que la question traditionnelle concernant l'identité des personnes et des groupes demandera une réponse sous d'autres formes. Le pluralisme croissant et la globalisation du milieu exigeront que nous délimitions mieux notre propre noyau auquel nous ne pouvons pas renoncer. Il faudra discerner ce qu'on peut absorber et s'approprier; renoncer à ce qui est accidentel ou accessoire et donner ce qui a le plus de valeur pour enrichir les autres et enrichir ainsi soi-même.
DEFIS ET PROVOCATIONS
Le substantif "défi" vient du verbe défier, qui signifie provoquer. Il est synonyme d'aiguillon, stimulant, qui pousse à affronter des difficultés avec courage et persévérance.
Du point de vue sociologique, il s'agit de l'ensemble des éléments qui ont de l'influence dans une situation concrète et interpellent le comportement des groupes humains.
Du point de vue théologique, et en rapport avec l'Ordre, il faut dire que les défis ne sont pas de simples faits historiques; mais aussi des paroles que Dieu nous adresse ici et maintenant. Nous pouvons les considérer comme une invitation du Seigneur à travailler en conformité avec son projet de salut pour nous, cisterciens de la fin du XXème et du début du XXIème siècle.
Le sens plus profond des défis que rencontre l'Ordre aujourd'hui c'est qu'ils sont "des signes de notre temps", ou des signes de Dieu pour notre présent historique.
Entre les différents défis qui nous interpellent, je veux attirer notre attention seulement sur un: la nécessité d'élaborer une nouvelle doctrine ou vision de l'homme, c'est à dire une nouvelle anthropologie au service de notre vie cénobitique.
Il s'agit d'une réalité qui est très liée au thème de l'identité monastique contemplative. Tout changement d'époque demande qu'on ajuste le sens et la vision de la réalité. Et la première réalité qui demande d'être ajustée est l'anthropologie ou la vision que la personne humaine a d'elle-même. Et tout changement d'anthropologie conduit à un changement de spiritualité. Bien que ce ne soit pas maintenant le moment de développer ce thème - j'en ai déjà parlé dans une lettre précédente - il me paraît quand même important de faire quelques suggestions.
L'anthropologie - c.à.d. le discours sur l'être humain - a subi ces dernières années une série de déplacements importants qu'on ne peut pas ignorer au moment de poser la question à propos de nous-mêmes. D'une manière synthétique nous pouvons parler d'un passage:
- De l'androcentrisme à l'humanocentrisme: l'anthropologie doit se référer à l'humanité "homme-femme" et non seulement à l'homme; et non à cause de l'émancipation de la femme mais pour retrouver l'humanité intégrale.
- Du dualisme à l'unitarisme: l'esprit se conçoit et se perçoit seulement dans les limites de la matérialité; nous ne sommes pas des esprits et des corps, mais des esprits incarnés.
- De l'idéalisme au réalisme: on découvre l'humain seulement réalisé dans les coordonnées historiques de temps, de lieu et de culture.
- De l'uni-dimensionnel au pluri-dimensionnel: ce qui importe n'est pas seulement l'essentiel simple et défini, mais aussi l'existentiel, complexe et illimité.
- De l'immanent clos à l'ouverture transcendante: l'être humain est caractérisé par le fait qu'il se transcende; pour le comprendre il faut regarder aussi bien en lui qu'en dehors de lui.
Je veux m'arrêter un moment au premier déplacement que j'ai mentionné: le réveil, l'émergence et le protagonisme de la femme dans le monde et l'Eglise d'aujourd'hui. Il s'agit de quelque chose qui peut être un apport important au moment d'enrichir notre identité monastique et humaine. Le fait que nous soyons un Ordre formé de moines et de moniales, nous rend plus sensibles à cette réalité. Cela devient toujours plus clair pour beaucoup de personnes que l'identité masculine et féminine ne se construit pas de façon séparée mais dans une relation entre homme et femme, dans un réseau plus large de relations et dans un dynamisme continu de maturation. Cela veut dire que les relations constituent un élément essentiel des identités respectives des personnes, et donc un thème inévitable pour l'élaboration d'une anthropologie. Si cette élaboration ne se fait pas, nous retomberons dans les modèles stéréotypes qui sont divulgués par les mass-media.
Si nous regardons maintenant avec attention les relations homme-femme nous y découvrons trois modèles généraux:
- Modèle de la différence absolue (dualisme des pôles). Ce modèle ne fait pas de distinction entre la personne (la réalité commune à tout être humain) et la condition féminine ou masculine (ce qui est propre à chaque genre). Dans cette ligne de pensée les éléments psychosociologiques et biologiques sont déterminants et absolus et il y a donc une différence absolue entre l'homme et la femme.
- Modèle de l'égalité totale (unitarisme et émancipation). Ici l'accent est mis sur les similitudes et ainsi les différences disparaissent. En conséquence on propose une existence androgène ou unisexuée.
- Modèle de l'interdépendance (réciprocité différenciée et équivalente). Ce modèle met l'accent sur l'altérité réciproque de l'homme et de la femme et leur égalité comme personnes. On rejette ainsi l'égalité par nivellement et la complémentarité par subordination. On affirme que la personne se forme dans la relation et la communauté.
Le troisième modèle - interdépendant - inclut tous les éléments positifs qu'on peut trouver dans les deux autres en évitant leurs inconvénients et limites. Il s'avère donc le plus approprié pour notre réflexion intégrale et complémentaire.
Mais le plus intéressant de l'anthropologie de nos jours est peut-être la découverte de la femme comme archétype. C'est étonnant mais cette affirmation ne vient pas du féminisme radical ni de ses plus lucides représentants. Elle vient du christianisme, plus précisément de la tradition catholique, du magistère de l'Eglise, parlant par la voix du Pape Jean-Paul II.
Une conscience renouvelée du féminin ne peut pas se réduire à revendiquer des rôles ou à conquérir des droits. Il se réfère beaucoup plus à la redécouverte d'une dimension humaine qui touche d'une manière profonde - bien que ce soit d'une manière différente - aussi bien les hommes que les femmes.
La femme est représentante et archétype de tout le genre humain: elle représente cette humanité qui est propre à tous les êtres humains, qu'ils soient hommes ou femmes. Le féminin est symbole de tout l'humain. La féminité de la femme possède un caractère prophétique car elle manifeste l'identité de l'homme. On ne peut pas arriver à une authentique interprétation de l'homme, de ce qui est "humain", sans une référence adéquate à ce qui est "féminin". L'identité humaine se caractérise par "l'être pour l'autre". (Jean-Paul II, Mulieris Dignitatem 4,7,25,30,22).
La femme représente l'humain de trois points de vues différents et complémentaires en même temps.
- Comme épouse: ce qui signifie réciprocité et demande de réciprocité; la conscience de posséder un don exclusif et complémentaire à partager; la capacité de mobiliser et former l'homme pour la réciprocité, la manifestation de soi-même et l'accueil.
- La maternité: C'est à dire la primauté féminine dans le domaine plus proprement humain de la vie, de la douleur et de l'attention; don gratuit d'elle-même à l'autre et plénitude qui est prête à se perdre et à accepter l'autre avec toutes ses limites; capacité congénitale de savoir attendre ce qui demande du temps pour se réaliser et arriver à sa plénitude.
- La féminité: Manière générale et caractéristique d'un "être femme", centré sur "l'attention" qui se fait présence: capacité de favoriser la manifestation de l'autre par la sym-pathie et l'adaptation; conception de la vie comme une possibilité de rencontre qui permet un "face-à-face" personnel.
La Mère-Eglise, et l'Ordre en son sein, doit encore apprendre beaucoup de la vie et de l'expérience de la femme sur la manière d'être mère, épouse et femme. Ignorer la moitié de l'humanité est la façon la plus aberrante du ne pas se connaître soi-même.
Aujourd'hui il n'y a aucun doute qu'un des signes du temps est le renforcement du rôle de la femme dans la société et le monde actuels. Cela nous rappelle un élément fondamental de l'enseignement et de la pratique de Jésus que nous n'aurions jamais dû oublier. Et cela ne concerne pas seulement les femmes mais aussi les hommes: "La nouvelle conscience féminine aide les hommes à réviser des schémas mentaux, leur manière de se comprendre eux-mêmes, de se situer dans l'histoire et d'interpréter l'histoire, d'organiser la vie sociale, politique, économique, religieuse et ecclésiale" (Vita consacrata 57).
Si nous tournons le regard vers notre propre réalité, nous découvrons que beaucoup de moniales de l'Ordre comprennent le charisme qui vit en elles, et se comprennent elles-mêmes avec la clé de la "fécondité". La meilleure part qu'elles ont choisie est d'être mères et soeurs de Jésus en acceptant sa parole et la mettant en pratique. Tout leur être bat au rythme de l'accueil pour porter des fruits et donner la vie. Elles nous disent avec Guerric d'Igny: "O âme fidèle, ouvre bien grand ton sein, dilate ton affection, crains d'être à l'étroit dans ton propre coeur, conçois celui qu'une créature ne peut contenir. Ouvre à la parole de Dieu ton oreille pour entendre. Elle est la voie de l'esprit qui fait concevoir en pénétrant jusqu'au sein de ton coeur" (Sermon pour l'Annonciation II,4).
Nous désirons ardemment que vienne l'heure qu'elles nous apprennent à lire l'Evangile en partant de leur propre coeur contemplatif, qu'elles nous relisent avec leurs yeux amoureux la théologie, la morale, la spiritualité monastique, le charisme et l'identité cisterciens. Quand elles vont renouveler nos formulations naîtra une nouvelle forme inclusive et créatrice avec des formules nouvelles et variées. Et tout cela en raison de la richesse de l'Evangile, même si cela demande à beaucoup d'entre nous une conversion, et non à cause d'une condescendance facile à l'esprit d'une époque.
"Quand fut venue la plénitude des temps" (Gal 4,4) tout dépendit du consentement d'une créature humaine; ainsi, au seuil du troisième millénaire, l'espoir d'une nouvelle humanisation dépend aussi du "génie féminin".
Les neuf siècles de l'histoire cistercienne arrivent à leur fin conjointement avec les vingt siècles de l'histoire du christianisme. Un nouveau millénaire s'ouvre pour notre vie. Pas seulement une nouvelle époque mais aussi un changement d'époque. Quel sera le visage de notre Ordre à l'avenir ? Quels services rendra-t-il à l'Eglise et au monde ? Tout ce que nous avons considéré comme essentiel restera-t-il ainsi ? Quelles surprises nous prépare l'Esprit ? De telles questions et tant d'autres n'ont pas de réponse aujourd'hui.
Malgré tout, nous connaissons bien le don reçu, le charisme de notre vocation pour le service de tant d'autres. Nous désirons ardemment qu'il soit fécond selon la grâce divine et notre bien pauvre manière d'y correspondre. Notre espérance est invincible parce qu'Il est fidèle, et Il nous fait participer à sa fidélité.
La fidélité créative à notre propre
identité et le désir de l'enrichir en intégrant toutes
les potentialités et les dons reçus nous préparent
pour resserrer la communion au sein de la famille cistercienne et pour
tisser un réseau d'amitié avec tant de baptisés qui
reconnaissent en leur coeur le même don.
Bernardo Olivera
Abbé Général