Ordre Cistercien de la Stricte Observance (Trappistes)
ABBAS GENERALIS
Prot. N 01/AG/01LETTRE CIRCULAIRE DE 2001
NOTRE VIE MONASTIQUE
À LA SUITE DU SEIGNEUR JÉSUS(Lettre circulaire aux membres de l'Ordre)
Rome, le 26 janvier 2001
Tr
Ps Chers FrPres et Soeurs,Mes trois précédentes lettres circulaires se situaient dans un contexte de Jubilé et de fin de si
Pcle; aussi avaient-elles beaucoup de points communs. Leur longueur et la présentation de chacune en deux parties bien distinctes étaient déjB tout un message.Mon intention était qu'elles constituent une unité, comme trois chapitres d'un m
Lme livre. Ce que je voulais vous dire, au fond, c'est que notre identité monastique s'enracine dans la mystique; celle-ci, dans le mystPre; et le mystPre se révPle dans la résurrection. L'identité, la mystique, le mystPre et la résurrection existent et sont B l'oeuvre dans la culture et l'histoire de notre monde humain, dans l'église, dans la vie consacrée et en chacun de nous. Une identité définie et ouverte, une expérience mystique substantielle du mystPre et une foi crucifiée dans le Ressuscité nous permettent de nous confronter, avec créativité et sans crainte, B un avenir incertain et changeant.Nous voici entrés dans le nouveau millénaire. Si le "renouveau", dont j'ai déj
B parlé B maintes reprises, était alors une invitation, c'est aujourd'hui une exigence. Peu importe comment nous le nommons: renouveau, réforme, refondation... Il s'agit de quelque chose de fondamental qui doit apporter des changements et une vie nouvelle.De plus, je sais combien nous avons besoin d'une réflexion théologique sur notre vie monastique. Et n'importe quelle bonne théologie actuelle de la vie monastique doit souligner un th
Pme unificateur qui rassemble en un tout les divers éléments. Ce thPme unificateur a varié au cours de notre histoire. Les principaux thPmes qui doivent orienter notre vision des choses et canaliser nos énergies sont actuellement:écration: comprise comme action divine sanctifiante qui suscite notre réponse et l'offrande de nous-mLmes B Dieu notre PPre.- La cons
- La marche
B la suite de Jésus : adhésion B la personne du Maître, alimentée et manifestée dans une vie de radicalité évangélique.- Le charisme: dont le centre est la personne de l'Esprit Saint qui nous fait monastiquement chrétiens, caractérisés par la spontanéité, la force, l'audace, la docilité, la liberté, l'originalité et la souplesse.
En partant de l'un de ces thPmes, la théologie de notre vie cistercienne doit intégrer tous les autres et aboutir finalement B la vie quotidienne.
C'est dans ce double contexte - celui de la rénovation et celui de la théologie - que je désire maintenant vous parler de ce qu'est se mettre B la suite de Jésus en prenant pour guide l'Evangile. Il s'agit de la premiPre caractéristique ou idée-force de notre effort actuel de rénovation spirituelle et inculturée.
1. Suite du Christ et vocation
En écoutant, au cours de ces derniPres années, de la bouche de frPres et soeurs de l'Ordre, le "récit de leur vocation", je me suis émerveillé de leur diversité. Le Seigneur Ressuscité s'est servi et se sert de mille circonstances, ordinaires et extraordinaires, pour faire entendre son appel B Le suivre. Parfois la voix de Celui qui nous cherche résonne, impérative et irrésistible ; d'autres fois, il nous faut la discerner entre beaucoup d'autres voix. Et nos réponses sont aussi trPs diverses : rapides et claires, tardives et interrogatrices, confuses et peu enthousiastes...
Les richesses matérielles sont habituellement un obstacle pour répondre B l'appel: Comme il sera difficile B ceux qui ont des richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu ! (Mc10,23). Le renoncement B la famille et B la profession permet de commencer B suivre le Christ en donnant une réponse positive B l'appel: Aussitôt,laissant leur barque et leur pPre, ils (Jacques et Jean) le suivirent (Matth. 4,22). Luc présente trois récits d'appel B suivre le Christ, dans lesquels il inclut trois sentences de Jésus qui illustrent cela mLme; la plus radicale est celle-ci: Laisse les morts enterrer leurs morts; pour toi, va-t-en publier le Royaume de Dieu (Lc 9,60). La liberté nécessaire pour suivre Jésus doit toujours passer par le renoncement et la libération.
L'appel B Le suivre de façon radicale se fonde habituellement sur une expérience de foi radicale. Saint Paul en est un exemple parfait: Il se releva de terre, mais, quoiqu'il eft les yeux ouverts, il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer B Damas. Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien (Act. 9, 8-9). Cet appel radical est en soi-mLme un appel B la conversion. Cette conversion suppose la radicalité d'un changement intime et total de notre façon de sentir, de juger et d'agir. La vocation ou l'appel, une fois accueilli, est le premier pas B la suite du Christ.
Se mettre B suivre Jésus présuppose toujours un appel, sous quelque forme que ce soit: il ne s'agit donc pas de bonne volonté, de générosité ou de volontarisme. Cet appel n'est jamais source de privilPges mais d'exigences et de responsabilités. Le Seigneur Jésus a toujours l'initiative. Lui-mLme peut déconseiller certaines maniPres de Le suivre s’il n'y a pas d'abord un appel.
Le discernement de la vocation monastique B suivre le Seigneur n'est pas aisé. D'ordinaire les motivations qui poussent B entrer dans un monastPre sont nombreuses, qu'elles soient naturelles ou spirituelles. Il convient de découvrir l'action de Dieu dans l'attrait éprouvé. Le simple attrait pour une vie de priPre plus profonde n'est pas en soi un critPre d'appel B la vie monastique contemplative.
Un discernement sérieux s'impose donc : y-a-t-il ou non vocation divine? Il est indispensable de nos jours d'aider B discerner les motivations inconscientes, plus ou moins égocentriques, qui font obstacle B une option libre et authentique. Ce discernement est un art difficile, les critPres suivants - signes positifs de vocation monastique - nous y aident :
un désir sincPre d'embrasser la vie de communauté comme moyen d'aller B Dieu.
la santé physique, mentale et affective nécessaire pour vivre pleinement cette vie.
une humble docilité, fondée sur une vie théologale, qui permette d'apprendre B vivre sans tension dans la solitude comme en communauté.
Le fondement sur lequel la grâce monastique construira est la maturité humaine, surtout pour ce qui a trait B l'affectivité. Selon la terre qui la reçoit, la semence de la vocation monastique produira cent, quatre-vingts, soixante ou trente pour cent. La maturité affective nécessaire, en ces débuts, consiste essentiellement en ceci : une certaine stabilité des états émotifs, une identification sereine B son propre sexe et la capacité d'accueillir les autres en tant que différents.
2. Suite du Christ et monachisme
Dans le Nouveau Testament, le verbe suivre implique une réalité statique ou relation de proximité et une réalité dynamique ou de mouvement subordonné. C'est-B-dire qu'il s'agit : d'Ltre avec Jésus et d'aller avec Jésus. La proximité dépend du mouvement : celui qui s'arrLte cesse d'Ltre proche. Ce qui signifie qu'il n'y a pas de proximité sans disponibilité, qu'il n'y a pas possibilité de Le suivre sans liberté.
Suivre le Christ présuppose un chemin (Mc 1, 2 ; 8,27 ; 9,33-34 ;10, 32-52), tracé par Celui que l'on suit: Jésus. Le chemin, au sens figuré, se réfPre B la vie, B la façon de procéder et B la façon de vivre. C'est ainsi que la proximité devient ressemblance et que celui qui suit devient disciple.
Le comble de l'Ltre-avec-Jésus consiste B partager son destin (destin de négation et de croix pour parvenir B la gloire). Aussi, la croix de qui Le suit consiste B se nier soi-mLme pour Ltre avec Lui, partager sa mission et sa gloire.
En un mot, suivre Jésus, pour un chrétien, c'est L'imiter, ce qui ne veut pas dire "Le reproduire", mais pouvoir dire un jour: si je vis, ce n'est plus moi mais Le Christ qui vit en moi (Gal. 2,20). Ce qui revient B nous configurer B Lui et nous revLtir de Lui.
Suivre Jésus est une expérience chrétienne B facettes multiples, aussi pouvons-nous considérer qu'il s'agit:
- d’assumer de façon créative ses attitudes et ses options fondamentales : le PPre, le Royaume, les pauvres; la Filiation, la Fraternité, la Kénose.
- d’embrasser son destin: se dépenser pour les autres jusqu'B la mort, cloué B la volonté du PPre.
- d’adhérer au Royaume de Dieu et au Dieu du Royaume, en renonçant B l'anti-royaume et aux autres royaumes.
- d’aller de l'avant pour ne pas Le perdre de vue, cheminer avec et en Lui, fixer sur Lui son regard. Mais celui qui suit n'est pas un simple admirateur, car ce dernier ne se laisse pas mettre en mouvement par l'Admiré; celui qui suit, au contraire, se laisse conduire...
- de gofter le mystPre de Dieu: Abba, PPre! et de s'abandonner B la volonté divine: Fiat voluntas tua !
Suivre le Seigneur Jésus-Christ selon l'Evangile constitue l'essence mLme de la Vie consacrée sous l’une ou l’autre de ses différentes formes. La relation entre Vie consacrée et suite radicale de Jésus n'est pas une relation de monopole, mais de service et d'animation qui rend possible et montre ce qu'est Le suivre, et tous y sont appelés. Aussi, lorsque tous les chrétiens suivront authentiquement le Christ Jésus, nous pourrons dire alors que la Vie consacrée a accompli sa mission et croire qu'elle n'a pas perdu son identité.
En conséquence, suivre le Christ dans la vie monastique doit Ltre au service de l'unique "suite du Christ" de la part de toute l'Eglise: il s'agit d'un service qui fait que suivre le Christ est une réalité et un témoignage.
Moines et moniales cisterciens sont appelés par Dieu B suivre le Christ sur le chemin de l'Evangile, interprété par la RPgle de Saint Benoît et la tradition de Cîteaux.
(Ratio Institutionis, 1).
Ce chemin monastique et cénobitique B la suite du Christ est une réalité expérimentale, c'est ce que nous vivons quotidiennement. Nous pouvons le présenter comme :
- une convocation : c'est davantage qu'une simple vocation, il s'agit d'une invitation B vivre avec Lui en vivant en communauté avec d'autres.
- un vivre comme Lui : étant consacrés et nous consacrant par les voeux de notre profession monastique.
- un vivre tendu vers Lui : en Le cherchant et en Le trouvant, en entrant dans son MystPre et en étant mystiquement transformés par Lui.
- une participation B sa mission : par le témoignage évangélique et contemplatif de notre conversatio morum.
Isaac, l'Abbé philosophe et théologien du monastPre de l'Etoile, nous enseigne en quelques paroles concises en quoi consiste le double mouvement de notre marche B la suite du Seigneur :
Que ce soit donc pour vous le modPle de la vie, frPres; telle est la rPgle véritable de la sainteté: vivre avec le Christ par la pensée et le désir dans cette patrie éternelle: Mais au cours de ce laborieux pélerinage ne refuser pour le Christ aucun exercice de charité. Suivre le Christ, le Seigneur, en montant vers le PPre: s'affiner, se simplifier, se vivifier dans le loisir de la méditation. Suivre le Christ en descendant vers son frPre, Ltre distendu par l'action, se partager en mille morceaux, se faire tout B tous, ne rien sous-estimer de ce qui touche le Christ, n'avoir soif que d'une chose, ne s'occuper que d'une chose, quand il s'agit du Christ multiple. (Sermon 12)
Il est facile de constater que notre engagement B la suite du Seigneur, c'est "notre projet de vie", projet qui acquiert en plus une certaine institutionnalisation pour devenir une forme de vie institutionnalisée et historique. Plus encore, non seulement notre profession monastique nous permet de suivre radicalement le Seigneur mais encore elle nous situe dans une structure de vie sociologiquement marginale. Nous sommes une infime minorité, invitée B Ltre un signe manifeste du Royaume dans les conditions changeantes des temps (Perfectae Caritatis 1,2). La pertinence est une exigence de notre propre identité. Ainsi notre visibilité, notre présence, peut aider ou trahir les désirs les plus profonds de transcendance propres B l'humanité.
3. Suite du Christ et abnégation
Suivre le Seigneur selon l'Evangile est impossible sans renoncement et abnégation. Les moines et les moniales de tous les temps, ceux surtout de l'âge d'or du monachisme et ceux des époques de renouveau, ont su vivre
B l'extrLme le renoncement au monde et au démon. C'est ainsi que les premiers moines et moniales étaient connus comme "les renonçants".Je sais bien que le renoncement est peu coté dans l'échelle de valeurs d'une culture h
édoniste et amie du plaisir, qu'il s'agisse ou non d'une affluent society ou d'une société de consommation. De plus, il faut reconnaître que certaines extravagances et exagérations du passé ont contribué B ce discrédit. Mais, d'un autre côté, l'expérience nous montre que la perte de la foi ou de l'identité monastique rendent impossible ou insupportable le renoncement qu'implique le fait de suivre le Christ.Disons-le donc clairement: le renoncement chrétien et évangélique implique de renoncer
B certaines valeurs sans les dévaloriser mais par préférence B des valeurs plus hautes. C'est-B-dire que le renoncement n'a pas sa justification en soi mais dans le bien supérieur qui est poursuivi. Le bien supérieur et la préférence qui justifient le renoncement, c'est le Dieu du Royaume et le Royaume de Dieu, c'est Jésus le Christ mort et ressuscité pour notre salut.Prendre la croix de l'abnégation pour que vienne le Royaume, voil
B ce qui est au coeur de l'engagement B la suite du Christ et au coeur du renoncement. Ecoutons le Maître: Si quelqu'un veut venir B ma suite, qu'il se renie lui-mLme, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie B cause de moi la trouvera (Matth. 16, 24-26. Cf. 6, 10).Ces paroles de Jésus sont si importantes pour notre chemin ascétique et notre conformation mystique
B sa personne qu'elles exigent quelque commentaire.Il faut les entendre avant tout dans le contexte de ce qui les préc
Pde : lB que se trouve leur raison d'Ltre. Pierre veut éviter B tout prix que Jésus monte B Jérusalem car c’est lB que l'attend la souffrance; son attitude fait obstacle B la mission de Jésus et au plan de Dieu. C'est pourquoi Jésus lui dit: Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. Et c'est B ce moment précis que Jésus commence B enseigner B ses disciples comment penser selon Dieu et non selon les hommes : Si quelqu'un veut venir B ma suite, qu'il se renie...Remarquons le conditionnel "si" : suivre Jésus est une option libre, il faut le vouloir. M
Lme si le simple vouloir ne suffit pas, il faut en confirmer l'authenticité. Le fait de se renier et de prendre sa croix met en évidence la véracité de l'option. Suivre le Christ et se renier vont toujours de pair.Tout semble indiquer que les disciples s'étonn
Prent de l'exigence de Jésus. C'est peut-Ltre ce qui explique qu'Il recourt B un proverbe sapientiel pour justifier sa demande: qui veut sauver sa vie la perdra... bien que l'unique justification valable consiste B perdre sa vie "pour Lui, pour Jésus". Remarquons que le "vouloir" suivre Jésus est parallPle au "vouloir" sauver sa propre vie. Et remarquons aussi le renversement de la situation: celui qui veut gagner perd et celui qui est disposé B perdre gagne.Peut-
Ltre que la parabole du trésor caché dans le champ peut éclairer cette parole radicale et paradoxale de Jésus. L'homme (ou la femme) qui trouve un trésor (le Royaume des cieux) caché dans un champ s'en va ravi de joie vendre tout ce qu'il possPde et achPte ce champ (Matth. 13,44). Celui qui perd et qui laisse tout, mLme s'il vend pour acquérir et gagner Jésus et son Royaume, ne perd rien mais gagne tout ; aussi exulte-t-il de joie.A la lumi
Pre de ce qui vient d'Ltre dit, j'aimerais redéfinir le moine ou la moniale non seulement comme renonçant, mais comme quelqu’un qui a choisi librement et radicalement de penser et sentir comme Dieu pense et sent; c'est pourquoi il est prLt B tout risquer et B tout perdre pour tout gagner et exulter de joie de pouvoir Ltre avec Jésus, d'Ltre B Jésus, d'Ltre Jésus.Saint Benoît s’exprime avec clarté en ce qui concerne l’abnégation. Le dixi
Pme instrument des bonnes oeuvres dit: Se renoncer B soi-mLme pour suivre le Christ ( RB 4, 10). C’est sous cet angle que l’on peut entendre d’autres textes de la RPgle: Que nul ne cherche ce qu’il juge devoir lui Ltre avantageux, mais plutôt ce qui l’est aux autres (72, 7) ; haVr sa volonté propre (4, 59); qu’ils s’obéissent B l’envi les uns aux autres (72, 6).Qu’ils ne préfPrent absolument rien B Jésus-Christ (72, 11 et 4, 21). C’est pourquoi la RPgle de Benoît s’adresse aux "renonçants" B leurs propres désirs ou volontés (Prol.3).Dans ce contexte de l’abnégation, je désire revenir,
B nouveau, sur ce que j’ai déjB dit B propos des critPres de discernement de la vocation monastique. Saint Benoît nous dit: Qu’il (l’ancien) examine avec soin si le novice cherche vraiment Dieu, s’il est empressé B l’Oeuvre de Dieu, B l’obéissance et aux humiliations (RB 58, 7). Au-delB des discussions exégétiques sur ce texte, il semble évident que discerner l’authenticité de la recherche c’est vérifier la vie de priPre, l’acceptation de la volonté d’autrui et tout ce qui abaisse l’orgueil. Benoît est concret et pratique: la recherche de Dieu se prouve par cette quLte elle-mLme et par la lutte contre l’égoVsme et l’orgueil. C’est dans ces termes que Saint Bernard fait allusion aux racines de ces péchés capitaux :Ppre: la volonté propre (égoVsme) et le propre conseil(orgueil) (...) J’entends par volonté propre celle qui n’est pas commune et ne s’accorde ni avec Dieu ni avec les hommes, mais qui est seulement nôtre. C’est ce qui se passe lorsque nous faisons ce que nous voulons non pas en vue de l’honneur de Dieu ni en vue du bien de nos frPres, mais en fonction de nous-mLmes ; (...) La lPpre du propre conseil (...) affecte ceux qui ont du zPle pour Dieu, mais un zPle sans la connaissance : ils suivent leur erreur, s’y obstinent et n’acceptent de conseil de personne... Les voici qui sPment la division parmi l’unité, qui se conduisent en ennemi de la paix, vides d’amour et gonflés de vanité, pleins de complaisance pour eux-mLmes , ignorant la justice de Dieu et tenant B instituer la leur. Oj trouver orgueil plus considérable ? (Resur 3, 3-4)Le coeur comporte une double l
Cet enseignement de Jésus et de Benoît peut paraître dur et exigeant. Mais, nous devons le reconnaître, notre égo
Vsme et notre orgueil sont bien plus durs et exigeants envers nos frPres et soeurs que cette parole évangélique. J’estime que c’est un manque total de discernement que d’accepter quelqu’un B la profession monastique tant que la voluntas propria n’a reçu aucun coup mortel et l’emporte absolument sur la volonté commune.Nous connaissons tous parfaitement la doctrine cistercienne sur la "volonté propre" et la "volonté commune". Le renoncement
B la volonté propre, égoVste, centrée sur soi-mLme, pour soi-mLme et opposée aux autres, est le chemin vers la volonté commune ou communion mystique avec Dieu et avec le prochain. Notre ascPse consiste B éliminer progressivement le proprium ou dissemblance avec Dieu afin d’adhérer B Lui et de refléter son image. Ce n’est qu’ainsi qu’il est possible d’avoir un seul coeur et un seul esprit avec les autres et avec l’Autre.D’autre part, on ne doit pas oublier que les jeunes moines et moniales de nos communautés ont besoin de s’affirmer, de prendre un rôle actif, et de se réaliser personnellement. Ils ont besoin d’
Ltre quelqu’un et d’Ltre reconnus comme tel. Cela provoque une tension inévitable: la tension entre l’affirmation de soi-mLme et l’affirmation de la conversatio monastique, surtout dans ses aspects de renoncement et d’abnégation. L’expérience nous montre que seule la relation personnelle profonde avec Jésus-Christ permet d’unir ces deux réalités qui, parfois, risquent de s’annuler mutuellement. Un jeune moine ou une jeune moniale perpétuellement "soumis" peut Ltre plus négatif pour la communauté que trois jeunes moines ou moniales temporairement rebelles.Se renier soi-m
Lme est, essentiellement, reconnaître la vie comme un don reçu pour la transformer en un don offert, et agir en sachant que la vie surgit abondamment quand on la donne. Qui se décentre de soi-mLme trouve le centre qui n’a pas de limites; qui se libPre en se reniant peut s’enchaîner en aimant.4. Des femmes
B la suite du Christ.Le dicton populaire a raison : les idées motivent mais les exemples entraînent. Nombreux sont ceux qui suivent Jésus dans l’Evangile et dans l’Église. On pourrait m
Lme présenter Jésus comme le disciple fidPle de la volonté du PPre. Je laisse de côté les hommes qui Le suivent, car, B quelques exceptions prPs, ils fuient devant la croix et au calvaire, et je m’en tiens aux femmes qui Le suivent, étant donné qu’elles ne faiblissent pas B l’heure de la douleur et de la mort.Voyons ce que nous rapportent les Evangélistes . Luc associe un groupe de femmes aux Douze qui suivent Jésus: Les Douze l’accompagnaient ainsi qu’un groupe de femmes. Ces femmes sont présentées comme ayant été guéries d’esprits mauvais et de maladies et on nous dit qu’elles servaient Jésus et le groupe, les assistant de leurs biens. (Lc 8, 1-3).
On doit reconnaître que les Evangiles ne nous rapportent la vocation d’aucune de ces femmes. Les Apôtres "sont choisis" par Jésus et Le suivent en réponse
B cet appel. Les femmes "choisissent" Jésus et Le suivent par amour. Elles Le choisissent et Le suivent parce qu’elles ont fait l’expérience de son amour rédempteur: elles avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies...(Lc 8, 2) Elles ont éprouvé la victoire de l’amour sur le péché, l’infirmité, l’influence du mauvais esprit et la mort; elles ont cru en la venue du Royaume de Dieu et ont pressenti la transcendance de la personne de Jésus. Tout cela fait qu’elles deviennent plus facilement médiatrices d’amour.Il n’y a pas de doute: ces femmes sont de véritables disciples, car elles ont suivi Jésus depuis la Galilée jusqu’
B Jérusalem (Lc 23, 49). Toutes demeurPrent fermes au pied de la croix. Aussi seront-elles porteuses de la premiPre annonce de la résurrection.La figure de Marie de Magdala se détache de ce groupe de femmes. Madeleine, comme la nommaient les disciples, participe
B la vie itinérante du groupe de Jésus. Son nom indique qu’elle avait quitté son village, car les habitants de Magdala l’auraient difficilement appelée Madeleine si elle avait vécu parmi eux. Tout semble indiquer aussi qu’elle n’avait pas de mari, car alors on l’aurait appelée du nom de ce dernier et non de celui de son village d’origine. Elle est témoin de la mort et de la sépulture de Jésus ; c’est elle qui découvre le tombeau vide et reçoit l’annonce pascale. Elle est la premiPre B rencontrer le Seigneur ressuscité et la premiPre B proclamer la bonne nouvelle de la résurrection. Mais voyons quelques- uns de ces événements de plus prPs.Matthieu nous dit, en présentant la sc
Pne du Calvaire: Il y avait lB de nombreuses femmes qui regardaient B distance (...) entre autres Marie de Magdala (Matth. 27, 55-56). Elle était lB, essayant de voir au-delB et d’entrer dans le mystPre de Jésus mort sur la croix, le mystPre de l’amour crucifié. Luc, de son côté, précise que les femmes se tenaient lB et regardaient, ce qui souligne encore leur qualité de contemplatives et de témoins (Lc 23, 49).Jean l’Evangéliste ajoute un détail important: Pr
Ps de la croix de Jésus se tenaient... et Marie de Magdala (Jn 19, 25). C’est-B-dire qu’elle quitta le groupe des femmes qui regardaient de loin et s’avança pour Ltre B côté de Jésus et de sa MPre. Elle s’approcha pour Ltre plus prPs du mystPre, de l’amour et du Bien-aimé. Elle est aussi témoin du dialogue de Jésus avec sa MPre et avec Jean et du double fait qui accomplit les Écritures (Jn 19, 36-37) :B l’agneau pascal par lequel se réalise la nouvelle alliance qui pardonne les péchés.(Ex.1, :46). Et cela fait aussi allusion au Juste, libéré par Yahvé, qui acquitte toutes les dettes (Ps. 34, 21 ; Is. 52, 13 ; 53, 12).-on ne lui brisera pas un os: fait allusion
-Ils regarderont celui qu’ils ont transperc
é (Zach. 12, 10) : la mort du transpercé se place dans un contexte eschatologique, la levée du siPge de Jérusalem, un deuil national (Zach.12, 10-14) et l’ouverture d’une source pour laver le péché et l’impureté (Zach. 13, 1 ; Cf Jn 19,34 , il jaillit du sang et de l’eau).On peut se demander dans quelle mesure Marie Madeleine - celle qui regardait de loin et qui, apr
Ps, s’approcha et se plaça prPs du mystPre - a aidé le disciple bien-aimé B comprendre le sens profond des faits qui accomplissaient l’Ecriture.Une fois de plus, au moment de la sépulture: Marie de Magdala regardait o
j on l’avait mis (Mc 15, 47). L’adverbe oj souligne son rôle de témoin: elle connaît la place exacte oj le corps de Jésus a été déposé. C’est aussi ce que nous laisse entendre Luc quand il dit : Elles regardaient comment son corps avait été placé.(Lc 23, 55).Et quand le sabbat fut pass
é, Marie de Magdala, Marie, mPre de Jacques et Salomé achetPrent des aromates pour aller oindre le corps.(Mc 16, 1).C’est-B-dire pour compléter l’onction que Marie de Béthanie avait commencée ( Jn 12, 1-8), quelques jours auparavant, chez Simon le lépreux (Mc 14, 3-9) et que Joseph d’Arimathie avait omis. Madeleine voulait maintenant non seulement le contempler mais aussi le toucher.Comme le premier jour de la semaine commen
çait B poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre (Matth. 28, 1-8). La contemplation continue, alors qu’en apparence il n’y a plus rien B contempler. Peut-Ltre se souvenait-elle de ces paroles du prophPte: vous saurez que je suisYahvé, lorsque j’ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter de vos tombeaux (Ez.37, 1-14).Et tandis qu’elle contemplait le sépulcre, quelque chose d’inattendu se produisit: il se fit un grand tremblement de terre: L’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre sur laquelle il s’assit.Marie Madeleine reçoit une révélation et interpr
Pte des signes. Le grand tremblement de terre lui rappelle ce qui survint lorsque Jésus expira : Alors les tombes s’ouvrirent et beaucoup de morts ressuscitPrent (Cf. Matth.27, 51-52). Elle comprend que l’Ange du Seigneur, symbole de la puissance salvifique de Dieu, se fait présent au moment d’une révélation importante. Et en voyant l’Ange s’asseoir sur la pierre, elle pressent une victoire sur la mort.Aussi n’est-il pas étonnant si, une fois que tous sont partis – car il n’y avait plus rien
B espérer –, elle reste lB, prPs du tombeau, sanglotant (Jn 20,11). Elle pleure car elle cherche et ne trouve pas, mais elle ne désespPre pas. Ses larmes de douleur et sa peine purifient ses yeux et son coeur pour la rencontre avec le Bien-aimé. Et la rencontre ne se fait pas attendre. Jean nous en fait le récit; au-delB de ses paroles, résonne la musique sponsale du Cantique des Cantique (Jn 20, 11-18). Et voilB que, tout en sanglotant, elle se penche vers le tombeau et voit deux anges, vLtus de blanc. La contemplation de la tombe se change maintenant en contemplation de deux anges ; la blancheur des anges est déja annonce de vie. Les anges lui disent: Femme, pourquoi pleures-tu? Ils l’appellent "Femme" comme Jésus avait appelé sa MPre B Cana et sur la Croix. Madeleine symbolise "l’épouse fidPle"de la nouvelle alliance: Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon coeur aime, je l’ai cherché ,mais ne l’ai point trouvé ; les gardes m’ont rencontrée; avez-vous vu celui que mon coeur aime? (Cant. 3, 1-3). Madeleine répond aux anges : je pleure parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas oj on l’a mis. Elle appelle Jésus : "mon Seigneur", comme le ferait une femme en parlant de son mari.Ensuite : En disant cela elle se tourne et voit J
ésus qui se tenait lB, mais sans savoir que c’était lui. Jésus se tient debout, signe de quelqu’un qui est vivant, et non mort. Madeleine ne le reconnaît pas car elle ne l’avait jamais vu ainsi, ressuscité et comme sous une autre "forme".Le Ressuscité prononce ses premiPres paroles: Femme, pourquoi pleures- tu? Qui cherches-tu?. Jésus l’appelle aussi "Femme" et répPte la question des anges. Chercher Jésus est le signe du disciple (Cf. Jn 1, 38) et de l’amour : la nuit j’ai cherché celui que mon coeur aime, je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé.(Cant.3, 1). Madeleine est, pour le Ressuscité, "l’Epouse fidPle" de la nouvelle alliance.Le dialogue se fait plus intime. Jésus l’appelle par son nom, comme le Bon Pasteur appelle ses brebis par leur nom car il connaît les siennes ( Jn 10, 3-4). Il l’appelle : Marie. Cela aussi est signe d’une prédilection particuli
Pre: Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’B la fin.(Jn.13:1). Marie Madeleine accPde au monde du Ressuscité en entendant prononcer son nom intime, tout comme Lazare, en entendant son nom, sortit du tombeau (Jn 11, 43).Reconnue au plus secret de son
Ltre, elle se retourna (s’approcha de lui) et lui dit : Rabbouni (mon Maître). Marie a reconnu la voix du Bon Pasteur et, disciple, elle suit son Maître et Seigneur : et les brebis écoutent sa voix ... Ses brebis B lui, il les appelle une B une et les fait sortir.Quand il a mis dehors ses bLtes, il marche devant elles et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix.(Jn 10, 3-4).La reconnaissance mutuelle provoque spontanément l’étreinte. Entendre et voir, cela ne suffit pas
B Madeleine , elle a besoin de toucher. Jésus lui dit : ne me retiens pas ainsi, car je ne suis pas encore monté vers le PPre. L’évangéliste continue B présenter la Bonne Nouvelle. La relation de Jésus avec Madeleine exprime l’alliance sponsale de Dieu avec son peuple élu ; durant la Pâque, on lisait B la synagogue le Cantique des Cantiques, poPme de l’amour mutuel de Dieu et d’Israel, poPme qui se lisait, au premier siPcle, en clé messianique. Jean a tout cela présent B l’esprit quand il relate la rencontre de Jésus avec Marie de Magdala. Madeleine a trouvé son Seigneur et elle ne veut pas lâcher l’amour de sa vie: J’ai trouvé celui que mon coeur aime, je l’ai saisi et ne le lâcherai point (Cant. 3, 1-4).Disciple aimée, Marie-Madeleine l’est aussi pour sa foi inébranlable. C’est pour cela qu’elle se trouvait au pied de la croix
B côté de la MPre de Jésus et du disciple que Jésus aimait. Lorsque Jésus dit B sa MPre: voilB ton fils, il est aussi en train de dire : voilB ta fille; Madeleine accueille aussi la MPre de Jésus comme sa propre mPre et est aussi accueillie par Elle (Jn 19, 26).Le P
Pre est le but du cheminement de Jésus et de ses disciples, rien ne doit nous arrLter avant de parvenir B Lui : va trouver les frPres et dis-leur: je monte vers mon PPre et votre PPre, vers mon Dieu et votre Dieu (Jn 20, 17). MLme si Jésus est Seigneur, Maître et Epoux, il appelle ses disciples du nom de frPres et soeurs. Jésus va auprPs du PPre pour lui présenter les siens comme étant ses frPres et soeurs, fils et filles de l'unique PPre (Jn 14, 2-3). Marie-Madeleine reçoit la mission d'annoncer le Seigneur et son Royaume de filiation et de fraternité universelles ; il s'agit d'une nouvelle alliance (mon PPre et votre PPre, mon Dieu et votre Dieu): Je mettrai ma loi au fond de leur Ltre et je l'écrirai sur leur coeur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple (Jér. 31, 33. ; Cf. Zach. 13, 9).Obéissant au Seigneur, Marie va annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur et qu'Il lui a dit ces paroles. Elle annonçait (et non seulement elle annonça) la bonne nouvelle en tant que messag
Pre et envoyée, en tant qu'apôtre des apôtres. Elle comprend alors les paroles de Jésus au jour de ses adieux : Je suis en mon PPre et vous en moi et moi en vous (Jn 14, 20). Celle qui cherchait et contemplait trouva finalement et "vit" parce qu'elle crut profondément (Jn 20, 8). Jésus habite dans son coeur et elle dans le Sien.Les Evangiles nous présentent Marie-Madeleine comme celle qui suit Jésus, comme disciple sponsale, comme la plus importante du groupe des femmes, la plus appréciée et la plus proche du Maître : témoin de la crucifixion, de la mort, de l'ensevelissement et de la résurrection du Seigneur ; ayant exercé une grande influence dans les débuts de la mission. Marie-Madeleine est pour nous, moines et moniales, le mod
Ple par excellence de la quLte contemplative du Seigneur et le symbole de l'alliance nuptiale de Dieu avec les siens. Elle nous enseigne aussi qu'il n'y a pas de rencontre sans témoignage. Sauvée dans l'amour et par l'amour, Marie-Madeleine devient médiatrice de la bonne nouvelle par excellence: l'Amour a vaincu la mort et notre amour humain est transformé par la gloire de l'Amour divin !Les idées font agir, les mod
Ples entraînent. Marie de Magdala fut aussi entraînée par un modPle. La MPre de Jésus, animée par la foi et l'amour, fut la premiPre B suivre son propre Fils. Son exemple a stimulé les disciples de la premiPre heure et nous stimule aussi maintenant. Prions, avec Saint Bernard, pour que ne soient pas vaines en nous sa médiation ni la grâce de l'Esprit.ésus, c'est B peine si on en trouve qui, tout au moins, supportent d'Ltre entraînés derriPre toi, ou qui acceptent de se laisser conduire sur la voie de tes commandements. Les uns en effet sont entraînés, ils peuvent dire: "Entraîne-moi derriPre toi". D'autres sont conduits, ils disent:"Le roi m'a introduit dans ses celliers". D'autres encore sont enlevés, B la maniPre de l'Apôtre qui fut ravi jusqu'au troisiPme ciel. Heureux sont les premiers car, dans leur patience, ils possPdent leur âme. Plus heureux sont les suivants car c'est volontairement qu'ils confessent leur Seigneur. Mais les plus heureux sont les derniers : dans la trPs profonde miséricorde de Dieu, leur pouvoir de décision se trouve comme enseveli, en quelque sorte, et ils sont emportés par une ardeur spirituelle vers les richesses de la gloire. Est-ce dans leur corps ou hors de leur corps? Ils n'en savent rien. La seule chose dont ils soient certains, c'est d'avoir été emportés. Heureux celui qui, en tout lieu, te prend pour guide, Seigneur Jésus! Nous, ton peuple et les brebis de ton bercail, que nous te suivions, toi, par toi et vers toi, puisque tu es le chemin, la vérité et la vie : le chemin dans l'exemple que tu donnes, la vérité dans la promesse que tu fais, la vie dans la récompense que tu dispenses. Tu as en effet les paroles de la vie éternelle; nous reconnaissons et nous croyons que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, Dieu au-dessus de tout, béni pour les siPcles (Asc 2,6).Quand il s'agit de te suivre, Seigneur J
Fraternellement en Marie de St. Joseph,
Bernardo Olivera
Abbé Général