Ordre Cistercien de la Stricte Observance (Trappistes)
Quatre conférences au sujet de
LA GRÂCE CISTERCIENNE AUJOURD'HUI: CONFORMITÉ AU CHRIST
prononcées pendant la Réunion Générale Mixte de 1999
1. Mère Paul Smets de Soleilmont (Belgique)
2. Dom Patrick Olive de Sept-Fons (France)
3. Dom Joseph Boyle de Snowmass (U.S.A.)
4. Sr. Lily Scullion de Glencairn (Irlande)
1. Mère Paul Smets de Soleilmont (Belgique)
Il m'a été demandé d'exprimer ce qu'est pour moi la conformité au Christ. Je vais tenter de le faire très simplement.
Nous lisons dans la Genèse : "Dieu dit : 'Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance'." (Gen. 1, 26). "L'homme est fait à la ressemblance de Celui qui fait", dit Guillaume de Saint-Thierry(1).
Il est "une image de la propre nature de Dieu" (Sag. 2, 23). Au sujet de cette nature, saint Jean s'exclame : "Dieu est amour" (1 Jn 4, 8). Il dit aussi: "Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, l'a fait connaître (Jn 1, 18). Il s'est fait l'un de nous, a pris la même forme que nous pour nous révéler le Père, nous conduire à Lui, nous faire "retrouver notre affinité native rendue difforme par le péché"(2). Le Christ est le chemin. C'est en Lui que "l'homme est appelé à transformer, dans la grâce, l'image en similitude, au sens fort de participation"(3).
"L'homme ne se conforme pas lui-même, il est conformé"(4). Et "son amour est fait pour recevoir forme, pour devenir de par Dieu, un amour à la mesure du Dieu amour"(5). La conformité au Christ est donc une grâce à recevoir, un don à accueillir. Elle est de l'ordre de l'être avant de dynamiser notre agir moral, de changer "notre coeur de pierre en un coeur de chair". Elle tend sans cesse à l'unité de l'être et de l'action. A chacun il appartient d'inventer, "sous le souffle et le feu de l'Esprit, une manière personnelle, donc incomparable, d'être au Christ"(6). Lui, l' Alpha et l'Omega, l' Image parfaite du Père, la Tête vivante de l' Eglise.
C'est le baptéme qui incorpore l'homme au Christ. "Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ" (Gal. 3, 27) nous dit saint Paul.
Avant de voir comment se réalise la conformité au Christ dans la consécration religieuse, dans le charisme cistercien et plus spécifiquement dans la charge abbatiale, j'aimerais relever l'oeuvre de l'Esprit Saint agissant dans la vie des hommes indépendamment de tout lien avec l' Eglise et la vie sacramentelle.
Je pense à l'homme défiguré par le péché, vivant dans la plus grande indifférence et ignorance de sa qualité de fils de Dieu et qui pourtant garde, comme en filigrane, les traits de l'image divine.
Je pense au Mahatma Gandhi, apôtre courageux de la non-violence, qui écrivait : "Puisque j'ai rejeté l'épée, il n'est plus rien d'autre que la coupe de l'amour que je puisse offrir à ceux qui se dressent contre moi"(7).
Je pense au Dalaï-Lama qui, selon ses propres paroles, "aspire toute la brutalité, la persécution dont son peuple est victime et expire simplement de la compassion".
Je pense à nos frères musulmans au coeur droit et à tant de simples gens de nos régions déchristianisées d'Europe qui rayonnent sans le savoir la bonté, la patience, la miséricorde dont le Christ est la source.
Comment le chrétien, incorporé au Christ par le baptême, consacré à Dieu par la profession religieuse, va-t-il grandir dans la conformité de sa vie à celle du Fils de Dieu ? SS. Jean-Paul II, dans l'Exhortation apostolique post-synodale sur la vie religieuse, s'exprime ainsi :
"La personne consacrée ne se contente pas de faire du Christ le sens de sa vie, mais elle cherche à reproduire en elle-même, dans la mesure du possible, la 'forme de vie que le Fils de Dieu a prise en entrant dans le monde'. Embrassant la virginité, elle fait sien l'amour virginal du Christ et affirme au monde qu'il est Fils unique, Un avec le Père (Jn, 10, 30, 14, 11). Imitant sa pauvreté, elle le reconnaît comme Fils qui reçoit tout du Père et lui rend tout par amour (Jn 17, 7.10). Adhérant par le sacrifice de sa liberté au mystère de son obéissance filiale, elle le reconnaît comme infiniment aimé et aimant, comme celui qui ne se complaît que dans la volonté du Père (Jn 4, 34)(8).
La personne consacrée, attirée par le Christ, aspire à se laisser mouvoir de plus en plus par les sentiments qui animaient le Christ Jésus.
"Ce modèle, le Christ, - nous dit Mère Blanca - sera d'autant plus assumé et assumant qu'il sera plus contemplé et vérifié, plus contacté et écouté. Il sera nécessaire de rester longtemps devant Lui pour que la Force qui émane de sa Personne puisse réaliser en nous son oeuvre tandis que son influence façonnante transférera en nous sa forme, comme par osmose, pourvu que de notre côté nous offrions notre passivité active qui accueille dans un silence plein d'espérance son action transformante"(9).
Ceci nous amène à parler de la configuration au Christ par le charisme cistercien. Nos Constitutions nous disent : "Le Christ est formé dans le coeur des soeurs grâce à la liturgie, à l'enseignement de l'abbesse et à la vie fraternelle (CST 3, 2).
C'est de la liturgie, et principalement de l'Eucharistie comme d'une source, que la grâce découle en nous. La vie liturgique est une ouverture sur Dieu, qui nous appelle à Le célébrer tout au long du jour dans la foi et dans l'amour. Ensemble, nous nous glissons, nous nous perdons dans la grande prière sacerdotale du Christ et unissons notre pauvre louange à la sienne tout à la gloire du Père.
Mentionnons aussi les valeurs de la vie cistercienne que sont : la solitude et le silence, la prière personnelle, la lectio, le travail, etc. Ces valeurs bien vécues favorisent un climat de vrai recueillement qui nous fait agir "dans le sentiment de la présence de Dieu, sous son regard, avec gratitude envers Lui et attention envers le prochain"(10). C'est, selon Maxime le Confesseur, "tenir son esprit appliqué à Dieu dans une grande révérence et un grand amour,... compter sur Dieu dans toutes nos actions et dans tout ce qui nous arrive"(11) : permanence de la prière qui envahit, apaise, embrase tout l'être.
La vie fraternelle, concrétisation de cette vie de prière, joue un rôle important dans notre formation. Un même appel nous unit, les réponses diffèrent, chacune ayant son propre chemin, sa grâce particulière. Appartenir totalement au Christ, Lui donner en tout la première place : voilà l'essentiel. Se laisser façonner chaque jour par les heurts, les joies, l'édification mutuelle, c'est éprouvant mais constructif. On peut vraiment parler de "communion" fraternelle. Il est bon - et c'est encourageant - de deviner l'action de l'Esprit en chacune. Je pense à telle ancienne dont le sourire et le regard lumineux rayonnent la paix, à cette autre dont les mains fatiguées ne se lassent d'égrener le chapelet, à la générosité de celle qui est entièrement donnée à sa tâche communautaire, à la ferveur toute neuve d'une jeune... Quelqu'un a parlé d'esthétique de la vie fraternelle. Et c'est exact, oui, c'est beau une communauté ! Ceux et celles qui en vivent ne sont-ils pas signes de la fraternité que le monde tend laborieusement à réaliser ? N'en deviennent-ils pas artisans efficaces par l'intercession pour l'Eglise et pour le monde, par l'écoute patiente et l'aide apportée à ceux qui frappent à la porte du monastère ?
Lorsqu'il parle de l'enseignement de l'abbé, saint Benoît souhaite qu'il le donne par ses actes plus encore que par ses paroles (RB 2, 12). Vivre du Christ, se conformer à l' Evangile - comme il l'attend de ses moines - est donc l'exigence première du service abbatial. Si l'enseignement découle d'une expérience, il sera plus vrai, il portera plus de fruits. Si le regard que l'on pose sur la communauté se laisse éclairer par celui du Christ, il sera chargé de bonté et de miséricorde.
En relisant les chapitres 2 et 64 de la Règle de saint Benoît, j'ai été frappée par l'insistance de Benoît sur le soin que l'abbé devra avoir pour ceux que Dieu lui a confiés. "Ce sont des âmes dont il a reçu la charge" (RB 2, 34). En dépit de l'expérience quotidienne de nos limites, il nous faut déployer toutes les possibilités de notre personne humaine et spirituelle, toutes les richesses de la grâce, pour "faire grandir" nos soeurs dans la connaissance de la foi, dans la joie du don, dans l'unité et la liberté de l'amour. La tâche n'est pas toujours aisée :
- soutenir en chacune le désir de ne rien préférer à l'amour du Christ
- éveiller le sens de la coresponsabilité
- harmoniser les sensibilités diverses
- rallier des avis opposés dans une vision commune
- encourager ou susciter les démarches de réconciliation, les dialogues.Heureusement, le Christ a promis d'être avec nous jusqu'au bout !
Nous recourons aussi avec confiance à ceux et celles qui nous ont précédés dans la voie cistercienne. Leurs écrits, remplis de lumière et de feu, nous stimulent aujourd'hui encore. Ecoutons le Bienheureux Aelred conseiller à sa soeur recluse : "Que tout ton amour se concentre en Lui seul"(12).
"Brise donc l'albâtre de ton coeur, et tout ce que tu possèdes de dévotion, tout ce que tu as d'amour, de désir, d'affection, tout, verse-le sur la tête de ton Epoux, adorant l'homme dans le Dieu et le Dieu dans l'homme"(13).
Tandis que Béatrix de Nazareth nous rappelle que : "Telle est par-dessus tout l'oeuvre de l'amour : il veut l'union la plus étroite et l'état le plus haut, où l'âme se livre à l'union la plus intime"(14).
Nous nous rappelons la sage recommandation de saint Benoît : "Quelque bien que tu entreprennes, demande au Seigneur par une très instante prière, qu'il le mène à bonne fin" (RB Prologue). Car "La prière est le trépan qui creuse les profondeurs pour en faire jaillir Dieu"(15). La prière au Seigneur pour chacune des soeurs confiées à nos soins, telle est bien l'action qui doit nous tenir le plus à coeur et nous tourner aussi tout naturellement vers Notre-Dame, notre Mère. "Elle désire... former son Fils unique dans tous ses fils d'adoption. Bien qu'ils aient déjà été engendrés par la Parole de vérité, elle n'en continue pas moins de les enfanter chaque jour par les désirs et la sollicitude de sa tendresse jusqu'à ce qu'ils atteignent la taille de 1'Homme parfait, la mesure de la plénitude de l'âge de son Fils"(16).
Avec saint Bernard et pour toute l'humanité, oui, : Regardons l'Etoile, invoquons Marie(17).
Ainsi, de jour en jour, malgré nos lenteurs et nos impuissances, malgré les doutes et l'obscurité, nous allons de l'avant, nous souvenant que si notre agir est nécessaire, il est second. Le plus important est l'oeuvre de l'Esprit en nous, sa grâce qui nous soulève, son amour gratuit qui suscite le nôtre. Or "l'amour est la ressemblance de l'homme à Dieu, et c'est cette conformité même qui fait qu'il n'est qu'un seul esprit avec Lui"(18). Une telle conformité - dit saint Bernard - marie l'âme au Verbe (Cant. 83, 3).
N'est-ce pas là le but ultime de notre vie dans l'attente de régner avec Lui, Christ ressuscité, dans le Royaume du Père ?
2. Dom Patrick Olive de Sept-Fons (France)
Pour un moine, se poser la question de l'identité représente un exercice qui n'est pas dépourvu d'ambiguïté. Cherche-t-il à se donner des raisons de vivre, veut-il approfondir la connaissance qu'il a de lui-même, souhaite-t-il, plus simplement, faire le point à un moment de sa vie ? On pourrait en dire autant de la communauté monastique : lorsqu'elle cherche à dire son identité, est-ce parce qu'elle a l'impression de la perdre, est-ce pour mieux la comprendre, est-ce pour renforcer sa cohésion ou son dynamisme ? En parlant ici, je n'entends pas répondre à ces questions; si, toutefois, mes propos apportent des éléments de réponse, ils n'auront pas été tout à fait inutiles.
Rendus conformes au Christ par la grâce du baptême, nous pouvons dire avec saint Paul (Eph.4,24) que cette grâce fait de nous des hommes nouveaux, nous pouvons dire également qu'elle fait de nous, en même temps, des fils (cf.Rm.8,14 et ss.) et des frères (1P.1,22). Cette grâce de conformation est aussi, et indissolublement, une grâce de réconciliation (Rm.5,10 et ss.): réconciliation avec Dieu notre Père, c'est ainsi que nous sommes à proprement parler constitués hommes nouveaux à l'image du Christ; réconciliation avec nous-même, qui nous rend capables de devenir vraiment fils dans le Fils ; réconciliation avec les autres, c'est alors la possibilité d'être vraiment frères en Jésus-Christ.
Pour nous, cette conformation-réconciliation s'accomplit dans la mise en uvre de l'appel que nous avons reçu, dans la vocation à la vie monastique à l'école de Cîteaux. La Agrâce cistercienne@ donnera une forme et une couleur particulière à notre manière de devenir homme nouveau, fils et frère. Cette grâce cistercienne, qui fait notre identité, je voudrais tâcher de la saisir dans son jaillissement, au plus près de sa source historique, la Règle de saint Benoît, en la considérant avant tout comme une manière de vivre la Règle avec une intelligente fidélité ; intelligente fidélité qui nous permet de développer à la fois la créativité nécessaire et la prudence courageuse exempte de naïveté. Dans ces conditions, la vie selon la Règle sera, pour nous, le chemin sûr de la conformation au Christ.
Je dirai quelques mots de ce cheminement en regardant d'abord la communauté, puis l'abbé et enfin ceux qui entrent dans notre vie. Parlant de grâce, je parlerai inévitablement de tentations et, s'il m'arrive de parler de situations concrètes, ce sera, bien entendu, à titre d'illustration et non d'exemple.
La communauté
Le rassemblement hétéroclite de personnes d'âge, de tempérament et d'origine différents, en quoi consiste généralement une communauté cistercienne, est un défi aux lois du bon sens ordinaire. Au lieu d'aplanir a priori les difficultés qui sembleraient pouvoir l'être, en cherchant une homogénéité visible (rassembler des gens de la même génération, ou ceux qui ont des manières de voir proches ou une histoire commune), on dirait qu'un hasard facétieux multiplie à l'envie des différences, voire les contradictions, comme pour nous inviter à chercher plus loin (plus haut, plus profond?) le motif de notre présence ensemble dans un même lieu. Certes, comme nous le montre clairement saint Benoît (cf.Prologue), c'est la grâce de la vocation qui nous rassemble mais nous ne pouvons le comprendre qu'en la replaçant à l'intérieur de la grâce plus radicale de notre renouvellement dans le Christ par le baptême. Il faut aussi des moyens concrets pour exprimer et structurer une vraie fraternité. Au premier rang de ceux-ci, je placerais les rites de la vie commune qui la spécifient, qui canalisent les émotions et les orientent. Mal vécus, ils sont cause de sclérose mais si l'on sait les utiliser, ils sont, à leur place, un vrai moyen de renouvellement. Cependant, si une communauté de moines n'éclate pas aux premiers accrochages, ou si elle résiste victorieusement aux assauts renouvelés des forces de désagrégation qui la travaillent de l'intérieur ou de l'extérieur, c'est d'abord, et principalement parce qu'elle se reconnaît composée d'hommes qui, malgré leurs misères, sont profondément (parfois, c'est vrai, un peu trop profondément!) renouvelés par le Christ. Ces hommes nouveaux, si dépendants du vieil homme qu'ils demeurent, savent que ce qui les unit est plus fort que ce qui les divise et que la vie est plus forte que la mort; ils vivent, mal ou douloureusement, mais ils vivent vraiment, l'Espérance et passent ainsi des obstacles contre lesquels des sages pourraient croire qu'ils se briseraient. La vitalité d'une communauté est sans doute signe de la croissance en elle de la grâce cistercienne, mais la durée dans l'épreuve montre sûrement que les frères qui la composent grandissent dans la conformation au Christ de la Passion et de la Résurrection.
En vivant sous une Règle et un abbé, les moines cisterciens acceptent de voir leur relation de filiation Aà l'image du Fils (Rm.8,29) se concrétiser, et en un certain sens se vérifier, dans la relation à l'abbé. Il y a là une chance et un risque. Une chance car cette relation rend possible une perception plus précise et plus claire de la relation filiale à notre Dieu et Père qui, sans cela, pourrait bien rester très théorique; un risque car, soit en réaction à l'égard d'un paternalisme qui guette toujours, soit par déplacement d'accent sur le registre des sentiments, on peut tomber dans la caricature d'une filiation qui sera un jour ou l'autre rejetée ou dans une prétendue autonomie qui cache en fait une difficulté à vivre des relations équilibrées. On voit qu'il y a là un terrain très étendu pour grandir dans la conformation au Christ: faire naître et faire croître avec l'abbé une relation juste, source d'équilibre personnel et communautaire ; veiller à l'équilibre de cette relation sans tension ni négligence puisque, à travers elle, c'est en fait une grâce qui se déploie ou s'étiole en chacun.
Le modèle bénédictin de la communauté a été compris différemment selon les époques. Nous sommes aujourd'hui habitués à considérer la communauté monastique comme une fraternité et non comme un agrégat d'unités autonomes qui doivent le moins possible se frotter les unes aux autres ou comme une reproduction de la familia romaine. C'est indiscutablement un acquis de notre temps. Néanmoins, on se tromperait en imaginant qu'on passe Anaturellement d'une fraternité humaine à la fraternité en Jésus-Christ. Là encore, si la fraternité naturelle offre à la grâce un terrain favorable elle peut aussi lui fermer la porte. Jadis, un auteur a distingué les communautés psychiques et les communautés spirituelles (entendez par là, ouvertes à l'Esprit de Dieu). Pour devenir de plus en plus conformes au Christ, nous ne pouvons pas échapper à une conversion de notre vie fraternelle: accueillir sans crainte tout ce que nos richesses humaines peuvent déployer pour favoriser nos relations, mais accepter également un amour qui peut n'être pas soutenu par le sentiment, acquérir progressivement une véritable autonomie personnelle, éprouver que l'amour fraternel est autant reçu que donné avec l'espérance qu'aucune rupture n'est totale et qu'on peut toujours, à travers elle, approfondir la fraternité.
L'abbé
Il est clair, du moins je l'espère, que l'abbé comme chacun des frères, doit, lui aussi, devenir un homme nouveau dans le Christ. Fondamentalement, il le deviendra en empruntant les mêmes chemins que ses frères. Pourtant, le service qu'il accomplit dans la communauté lui offre, et en un certain sens lui impose, des voies qui seront, ou ne seront pas, pour lui, son chemin de croissance. L'homme nouveau grandit de l'intérieur et rayonne ensuite, il se peut que ce rayonnement reste bien faible mais, pour l'abbé, il importe beaucoup qu'il ne le soit pas trop ! Les frères ont besoin de savoir que l'abbé est, comme eux, fragile et tenté; ils ont aussi besoin de voir qu'il fait tout son possible pour mettre en accord ses paroles et ses actes. Réduire au maximum les effets de façade, les attitudes composées, la Alangue de bois@, développer une réelle liberté face aux modes - fussent-elles spirituelles -, demande des efforts et un continuel renouvellement intérieur. Programme désespérant si on s'appuie sur ses seules forces mais chemin de croissance si on s'ouvre à la grâce qui fait toutes choses nouvelles et qui unifie le cur.
Etre père tout en restant fils, est pour l'abbé, un équilibre instable qu'il n'est pas assuré de garder toujours aussi bien qu'il le faudrait. Occuper une position d'autorité sans cesser de se reconnaître dépendant n'est pas évident. Entre le paternalisme dénoncé plus haut et la démission de ses responsabilités élémentaires, il est bien difficile de trouver un chemin. Si l'abbé n'a pas conscience d'être fils dans le Fils, s'il n'a pas vis-à-vis de Dieu son Père, un comportement filial, comment pourra-t-il, à son tour, exercer un paternité sans étouffer les autres ? Ou bien il se comportera en tyran domestique (Dieu merci, la race semble éteinte ou en voie d'extinction!), ou bien il laissera tout faire en confondant délégation et irresponsabilité. Si, de plus, la relation entre lui et les frères ne dépasse jamais les questions matérielles ou le bon voisinage, il ne pourra pas trouver l'attitude juste qui ne se met bien en place que dans une perspective d'ordre spirituel. Vaste terrain de conversion continue qui contribue aussi pour une bonne part à l'équilibre des personnes et de la communauté !
L'abbé, s'il doit trouver sa juste place de père, est et reste le frère de ses frères. C'est l'autre point à mettre en place et pas le plus facile ! Frère ne veut pas dire copain et la tentation reste grande de croire qu'on abolira ainsi les difficultés. Il faut d'abord dire que la distance est une composante nécessaire de la relation et aussi que c'est seulement dans la mesure où chacun se tient à sa place, une place clairement lisible, qu'on évitera la confusion et le malaise qui s'ensuit. Seule aussi cette clarté dans les situations mettra l'abbé à couvert de l'acception des personnes (R.B.ch.34), cette peste des relations. Certes, il reste libre de ses relations personnelles, mais pas au point d'affecter l'ensemble de la communauté. La grâce d'une vraie fraternité est fragile et précieuse. Ses notes habituelles seront: paix, patience, joie simple, bonté. Si l'abbé les répand autour de lui, il grandit avec ses frères dans la conformation au Christ doux et humble de cur.
Pour mettre en uvre de tels comportements, il faut évidemment du temps. On dit en français : le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui ; c'est vrai pour les attitudes personnelles de l'abbé, ce l'est tout autant pour ses relations avec les frères, cela se compte en années, en lustres ou même en décennies.
Ceux qui entrent au monastère
Il arrive que se présentent au monastère des personnes qui ne sont pas baptisées, quels que soient les problèmes qu'une telle situation peut poser par ailleurs, j'y vois une illustration concrète de la continuité profonde entre la vocation chrétienne et la vocation monastique. L'homme nouveau qu'on revêt au baptême trouve dans l'appel à la vie cistercienne un puissant moyen de grandir et de se fortifier. Mais souvent, ceux qui se présentent, même baptisés, n'ont qu'une conscience assez limitée de ce cheminement. Une découverte de ce qu'il sont - richesses et limites - est donc indispensable et ne va pas sans souffrance. Cette découverte n'est utile, et possible d'ailleurs, que si elle se fait sous la lumière de la grâce. Voir cohabiter en soi l'homme ancien et l'homme nouveau demande autant de foi que de lucidité ; c'est un être racheté et sauvé qui reconnaît et accepte sa misère et ses qualités, faute de cet éclairage, et d'un progrès intelligent, on risque le désespoir ou l'illusion. Aider un homme d'aujourd'hui à entrer dans notre vie, et par conséquent à devenir davantage homme nouveau, suppose beaucoup de patience, de lucidité et de désintéressement. On participe quelquefois à une vraie aventure de grâce, mais aussi à des ratées douloureuses pour tous.
Nous sommes souvent - très souvent même - confrontés à des personnes dont l'itinéraire est mouvementé. Famille, expériences, connaissances, dans chaque domaine on trouve des obstacles importants. La prise de conscience d'une relation possible avec un Dieu Père qui fait de nous ses fils est difficile, les points d'accrochages sont rares quand ils ne sont pas négatifs. Les mots mêmes sont piégés car ils ne recouvrent pas des réalités comparables. Faut-il baisser les bras, penser que notre vocation n'a plus d'avenir dans un tel type de société ? Ce serait, à mon avis, pécher contre l'Espérance. Il nous faut certainement nous faire inventifs, pour trouver les chemins par lesquels la grâce qui a rejoint ces personnes, pourra continuer à les porter dans notre vie. Mon expérience ici est qu'il ne s'agit en aucune façon d'en rabattre pour vendre une marchandise mais -ce qui est plus difficile- de percevoir si notre vocation correspond vraiment au dessein de Dieu sur de telles personnes telles qu'elles sont. On voit ici quelle est l'importance de celui que saint Benoît désigne comme A un ancien qui soit apte à gagner les âmes (ch.58). Devenir fils est la vocation de tout chrétien et la source de son équilibre, le monastère cistercien peut vraiment être, pour ceux que Dieu conduit chez nous, le chemin pour y parvenir.
Qu'une communauté puisse attirer des personnes qui ont besoin -souvent cruellement- de relations vraies, soit pour sortir d'un isolement individualiste, soit pour échapper à l'étouffement d'une fausse communauté, n'a rien d'étonnant. Mais devenir frère n'est pas plus facile que de devenir fils. Passer d'une attitude de consommateur de vie commune à une attitude de participant réclame des efforts et des dépassements parfois inconnus de ceux à qui on les demande. Là aussi, nous pouvons constater que la vie fraternelle est un don qui se trouve sur un autre registre que celui de nos efforts ou d'une juste éducation. Sans négliger l'un et l'autre, on doit bien garder présent à l'esprit que nous sommes fait frères bien plus que nous ne nous faisons tels. C'est vrai pour ceux qui sont déjà dans la communauté, c'est encore plus vrai pour les entrants et pas facile à leur faire découvrir. Pour être conformés au Christ, eux aussi doivent accepter de recevoir ce don et d'être dérangés par lui pour un vrai progrès.
Conclusion
Les quelques notes ici rassemblées n'ont abordé la question que sous un angle assez limité: la description de quelques situations concrètes; il faudrait y ajouter l'enseignement des auteurs spirituels de notre tradition, le rôle de la liturgie et du travail, etc . J'espère seulement avoir montré qu'à quelque stade qu'on soit de la vie cistercienne et quelle que soit la position qu'on occupe dans la communauté, il n'y a qu'un seul dynamisme profond qui peut nous animer: recevoir et chercher cette grâce de conformation au Christ qui nous fait ce que nous sommes, des moines bénédictins selon la tradition de Cîteaux. C'est là, me semble-t-il, la vraie source de l'unité des personnes, des communautés et des communautés entre elles; c'est là aussi, à mon avis, ce qui assure la fécondité toujours offerte de notre forme de vie et l'attirance qu'elle peut exercer encore aujourd'hui.
3. Dom Joseph Boyle de Snowmass (U.S.A.)
Seigneur Jésus, qui êtes-vous et qui suis-je ? J'utilise souvent cette question pour me concentrer quand je commence à prier silencieusement. Précisément, qui est ce Christ auquel nous cherchons à nous conformer ? Le mystère du Christ est si vaste et si riche qu'aucun simple raisonnement de pensée ne peut lui faire justice. Cependant, une clé pour moi est que Jésus-Christ était et est le lieu de la présence de Dieu parmi nous ... Emmanuel ... Dieu avec nous.
Le théologien néerlandais Eduard Schillebeeckx a parlé du Christ comme du sacrement de la rencontre avec Dieu.
Quand je réfléchis sur le thème la grâce cistercienne aujourd'hui : conformité au Christ, il me semble que nous sommes appelés, individuellement et collectivement en tant que communauté, à être le sacrement de la rencontre avec Dieu ... En union avec le Christ pour être un lieu de la présence de Dieu dans le monde.
Cela englobe tous les aspects de notre vie.
Dans le culte, nous sommes unis au Christ, tandis que toute la création vient à notre conscience et est capable de louer et de célébrer le Créateur. Nous prions avec les mêmes psaumes que le Christ, nous nous joignons à Lui dans Sa prière eucharistique au Père. A SNOWMASS, en partie à cause de la petite taille de notre communauté, notre liturgie n'a pas la splendeur des liturgies de nos plus grandes communautés. Néanmoins, elle a sa propre beauté, la prière est vraie, et la présence du Christ remplit les silences. Notre chant est parfois accompagné par le chant des coyotes à l'extérieur, et les larges baies en verre de notre chapelle laissent entrer la grandeur et la beauté de la nature qui nous entoure.
Dans la lectio divina et la prière silencieuse, nous devenons de plus en plus conscients de notre union au Christ et nous nous ouvrons à Son Esprit travaillant en nous ... l'Esprit qui nous transforme à l'image du Christ.
Dans les relations de notre communauté cistercienne, nous devenons, les uns pour les autres, présence du Christ. A notre dernier Chapitre Général, nous avons examiné le thème du monastère comme Ecole de Charité, et nous avons trouvé que l'amour du Christ circulait dans toutes les dimensions de notre vie de communauté. Dans notre bienveillance donnée et reçue, dans nos pardons reçus et nos pardons donnés, la vie du Christ passe à travers nous. Anciens, aimez les jeunes ; jeunes, respectez vos anciens. En mettant en pratique cette admonition de St Benoît, nous offrons à la société un exemple qui peut guérir de la division entre les générations de notre monde moderne. A SNOWMASS, dans notre respect pour le processus unique de croissance dans le Christ par lequel chaque membre de la communauté est conduit, nous essayons de préserver une liberté à chacun qui le conduira à une responsabilité mure comme moine cistercien, pour la vitalité et la concentration sur le Christ de l'orientation de la communauté.
Nous, Cisterciens, sommes aussi la présence du Christ dans nos relations avec les membres du Corps du Christ que nous étreignons et soutenons de notre prière aimante et que nous recevons dans l'hospitalité, les recevant comme le Christ, les recevant comme le Christ les recevrait. Par leur hospitalité, les monastères cisterciens fournissent un environnement pour les hôtes et les retraitants pour qu'ils soient attirés par la présence de Dieu et la rencontre avec Dieu. Il me semble que c'est la raison pour laquelle, à notre époque, beaucoup de gens viennent dans nos monastères pour se retirer et pour la liturgie. Espérons que ces gens transmettent à leurs propres milieux la paix et l'amour qu'ils trouvent.
Nous espérons aussi être la présence de Dieu pour nos voisins. Je pense à nos frères de l'Atlas et au lien profond qu'ils avaient noué avec leurs voisins dans cette commune exploitation de terres, un lien si profond que les frères choisissent de rester sur place avec ces voisins, même si cela entraîne leurs morts. Ainsi que je le comprends, ils n'ont pas senti le besoin de prêcher explicitement sur Jésus, il suffisait que les gens autour d'eux expérimentent l'amour du Christ à travers eux.
Nous, Cisterciens, cherchons à être le lieu de la présence du Christ dans nos relations avec l'environnement où nos fermes, nos ranchs, nos vergers et nos terres sont mis en valeur avec un profond respect pour le Créateur et ses intentions, poursuivant l'attention de Dieu pour le monde... Son souci pour Sa Création. Aujourd'hui, nous devenons plus réfléchis et plus conscients de cette bonne mise en valeur. La vérité est que cette mise en valeur de la terre a toujours fait partie de notre tradition cistercienne où nos monastères étaient des modèles en ce domaine. Aujourd'hui, nous avons une sensibilité plus vive à propos de la façon dont nos actions ont une influence sur le bien-être et l'avenir de notre famille humaine et de notre planète entière. La mise en valeur en association avec le Créateur façonne aussi notre réponse aux éthiques dominantes de beaucoup aujourd'hui, spécialement dans les pays les plus riches, appelés consumistes : la course continuelle aux nouveaux produits dans une culture de gaspillage. Notre économie, espérons-le, donne un exemple d'une alternative saine pour vivre simplement sur la terre.
J'ai commencé ce papier avec la question que je me pose souvent dans la prière : Seigneur Jésus, qui êtes-vous et qui suis-je ? Cette question sert, habituellement, à me concentrer et à m'établir en silence, dans mon moi profond. Mais une fois dans une vie, une réponse à cette question peut émerger, d'un endroit ou d'un autre de la personne. Dans une circonstance particulière, alors que je venais juste d'être élu abbé, et que je me demandais ce que je pourrais faire pour reprendre quelque chose de l'esprit du bon vieux temps, j'étais assis tranquillement tandis que cette question résonnait derrière ma tête, et soudain j'entendis à l'intérieur de moi-même, le texte de l'Apocalypse : Regarde, je suis Celui qui fait toutes choses nouvelles. J'ai ri : puisque je m'étais polarisé sur le retour à l'ancien, le Christ me retournait à 180°, de telle sorte qu'avec Lui je pourrais faire face au nouveau. Naturellement, nous transmettons avec respect le coeur de notre tradition dans le nouveau, mais encore aujourd'hui, le défi d'être avec et dans le Christ faisant toutes choses nouvelles, est ce à quoi nous faisons face.
Se conformer au Christ de cette façon - en étant le lieu de la présence de Dieu - requiert que, de plus en plus, nous prenions la pensée et le coeur du Christ ; la façon de voir du Christ ; la façon d'aimer du Christ. Ceci à la fois individuellement et en tant que communauté.
Individuellement, faire cela requiert que nous soyons nourris en profondeur par la lectio et la prière sous toutes ses formes, mais je voudrais spécialement souligner (au moins d'après mon expérience et celle de ma communauté) la transformation qui vient d'une prière paisible, silencieuse, contemplative. Je vois là une relation avec Jésus s'en allant seul prier la nuit pour être nourri à la source de l'Union Divine. Quelquefois, dans les premières heures du jour, je me sens polarisé dans la prière par la question : Seigneur, quelle figure désirez-vous prendre en moi aujourd'hui ?
Communautairement, épouser l'esprit et le coeur du Christ requiert non seulement que les personnes, dans la communauté, soient profondément engagées dans leur propre processus de transformation dans le Christ, mais aussi que la communauté elle-même soit capable de discerner ensemble, quelle est la présence spéciale et particulière du Christ que nous avons à être dans le monde d'aujourd'hui, dans nos situations uniques. Ayant à l'esprit la parole de St Benoît que Dieu révèle souvent à un plus jeune ce qui est préférable, il est très important que nous apprenions à nous écouter les uns les autres, chacun et tous, dans la communauté ; prier sur ces choses et discerner ensemble comment nous pouvons vivre cette vie du Christ dans le concret, dans les situations quotidiennes. Je considère le travail que font beaucoup de nos communautés pour améliorer les techniques de communications parmi les membres, comme un outil utile dans ce processus de travail ensemble pour connaître et vivre dans la pensée et le coeur du Christ.
A notre époque de rapide et radical changement social et culturel, cette transformation personnelle, cette écoute et ce discernement communs sont particulièrement nécessaires. Etre la présence de Dieu dans le monde d'aujourd'hui, en conformité avec le Christ est un défi important pour chacun de nous et pour chacune de nos communautés. Il est critique aujourd'hui d'être en contact et de réfléchir sur ce qui est essentiel dans un monde où l'essentiel est souvent un signe oublié et où le matérialisme et la confusion morale provoquent des dégâts. Cela peut seulement découler d'une communion toujours plus profonde avec le Christ.
Nous sommes bénis à ce Chapitre d'être rassemblés ici, à Lourdes, le lieu où notre Mère Marie parla à Ste Bernadette Soubirous il y a un siècle et demi, un lieu où le ciel et la terre se rencontrent, un lieu où la présence guérissante de Dieu atteint beaucoup de personnes. Espérons que nos communautés aussi sont des lieux où le ciel et la terre se touchent et où la présence guérissante de Dieu devient vivante en nous et à travers nous. Alors nous serons vraiment conformés à son Christ, notre Emmanuel.
4. Sr. Lily Scullion de Glencairn (Irlande)
A partir de mon propre point de vue et de mon expérience personnelle.
Le concept de l'écoute est au centre de la spiritualité cistercienne. Le point de départ de tout mouvement spirituel a sa source dans le coeur. Connais le coeur de Dieu à travers la Parole de Dieu est une citation que m'avait donné S. Eleanor RSM et qui suscita dans mon coeur le désir de Dieu. Je commençai à écouter la voix intérieure et entendis la question : Est-ce que je fais ce que Dieu me demande ? En cherchant à discerner, avec une Soeur Dominicaine, j'ai fait l'expérience d'une femme avec une capacité d'écouté extraordinaire, une écoute avec son coeur. J'étais comme en présence de Dieu et j'étais heureuse aussi de suivre son conseil quand elle m'a dit :
"Lily, fais la demande d'emploi pour le poste de monitrice de jeunes à Ballymurphy, et si le travail t'est offert, prends-le et reste là jusqu'à ce que Dieu te donne un signe."
J'ai eu le travail et j'ai travaillé et persévéré là pendant presque trois ans. Ballymurphy est un ghetto de Belfast et un bastion de l'IRA dans le haut lieu des Problèmes dans les six comtés du Nord de l'Irlande. Ce fut une douloureuse et difficile expérience. Souvent, comme une tentation de fuite, je voulais faire une demande pour d'autres postes, mais en définitive je suis restée travailler avec les pauvres de cette région.
Pour survivre, je me tournai vers Jésus dans l'Eucharistie quotidienne qui me donnait force et courage pour continuer le travail et faire face à la douleur et souffrir ce que cela entraînait. Une nuit, dans le silence et la solitude de ma chambre, je fis une expérience que je peux seulement comparer à cette lutte de Jacob avec Dieu.(19) J'ai lutté toute la nuit avec Dieu. J'étais physiquement épuisée. J'ai senti la proximité de Sa présence et j'étais effrayée : effrayée de ce qui allait m'être demandé, effrayée de perdre mon identité si je Lui laissais prendre ma vie ; effrayée d'être éloignée loin de mes amis et des gens habituels de ma vie de chaque jour. Je fus remplie d'une humble peur quand j'ai pensé à mon état de pécheresse, à tout le temps que j'avais passé à jouer à cache-cache et à tout le temps où je L'avais mis hors de ma vie. Maintenant, il n'y avait pas d'échappatoire. Je me sentais entourée, submergée, accablée par Sa présence puissante. C'était une expérience de mort, seule, face à face avec Dieu. Me rendant compte que oui, je dois capituler et y entrer de plein gré, et accepter la réalité de la situation.
Cette capitulation n'est pas facile, c'est un temps de souffrances et de combats. N'est-ce pas la condition habituelle de notre vie ? Pendant le combat et le marchandage, la sueur, la souffrance, la peur étaient toutes très réelles. La nuit était noire et longue. L'aube vint et une douce voix prononça ces mots :
"Lily, c'est la vie en clôture que je désire pour toi."
J'étais bouleversée, confuse, perplexe et prise de panique. Qu'est-ce que cela pouvait signifier ? Je me rappelai les mots du Prophète Isaïe : Je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi.(20) Etre appelé par son nom est une expérience très puissante, touchante et émouvante.
Il est impossible de décrire ce qui arriva dans cette rencontre intime avec le Seigneur. Quand je revins à moi au point d'être calme et présente à cette expérience, je réalisai que c'était le Seigneur qui m'avait parlé, et au milieu de larmes de douleurs, de joie et de gratitude, je répondai disant :
"Oui, Seigneur, tu m'as permis d'aller ma route durant toutes ces années, aussi maintenant, Seigneur, c'est à toi, fais de moi ce que tu veux ; je n'ai aucune idée de ce que tu vas me demander, mais je te donne tout ce que j'ai et je te fais confiance pour me conduire là où tu désires pour moi."
Avec cela, j'expérimentai un grand sentiment de liberté et de paix profondes. Quand vint le matin, j'étais encore sous le choc de l'expérience, et je compris que la vie allait prendre une nouvelle direction. Je n'avais pas besoin de consulter quelqu'un. Il avait parlé clairement et j'avais cédé à la magnétique attraction de Dieu. Dans mon coeur, je sentais une force et un courage intérieurs pour lui faire confiance quant à sa manière d'arranger les choses. Je savais que le Seigneur avait pris possession de moi. J'étais pleine d'une nouvelle confiance et d'ouverture pour aller jusqu'au bout de la réponse et de l'engagement que je lui avais donnés dans cette très intense et intime rencontre.
Le 21 mai 1980, je rencontrai S. Agnès de Glencairn, et à travers elle j'expérimentai la tendresse du Christ, ce qui éveilla ma curiosité pour le style de vie qui favorisait une telle disposition.
Je partis visiter Glencairn à la fin de juin pour voir comment les cartes de fleurs pressées étaient faites. Pendant les deux dernières heures du voyage, je pouvais sentir un profond conflit émerger. Un profond dialogue s'engagea. Devant la perspective de passer un week-end chez des moniales, je me sentis oppressée. Si fortement que, arrivant à la porte d'entrée de l'abbaye, je repris la voiture et commençai mon voyage de retour à la maison. Après une heure de repli, j'arrêtai, je compris qu'il me fallait honorer le rendez-vous et je me retournai une fois de plus. A l'extérieur des portes de l'abbaye, je fus confrontée, une nouvelle fois, avec le mot clôture que je n'avais eu dans aucune de mes pensées depuis ma rencontre avec le Seigneur. En décidant de rester la nuit s'il n'y avait pas de grille, le marchandage prit fin. Il n'y avait pas de grilles. J'étais prise au piège. Je devais passer la nuit. En fait, je restai le week-end et je me réjouis de voir la confection des cartes, et je travaillai au jardin.
Au cours de mon voyage de retour, je fus saisie d'une paix profonde qui aboutit à ma remise de démission de mon emploi le soir même, et l'envoi d'une lettre à Glencairn pour dire que je viendrais à la fin de septembre.
Dès le début de mon noviciat, on m'a appris à concentrer mon attention sur le Christ, et cela a été mon expérience que, lorsque cette attention au Christ se relâche, la vie cistercienne devient difficile au point d'être dénuée de sens.
Je commence à suivre mes propres désirs, attentives aux faiblesses des autres et m'enfonçant dans mes sentiments d'infériorité. Tout cela donne lieu à des conflits et à de la souffrance. Cette attention au Christ qui requiert discipline en vue de vivre dans et à travers l'Esprit du Christ, a signifié, pour moi, porter quotidiennement la croix de ma condition humaine.
Trouver du temps et de l'espace pour être avec le Christ, en silence, dans la prière et la solitude ne m'était pas spontané. Avant mon entrée au monastère, j'avais une vie très active comme monitrice de jeunes à plein temps, au milieu des bombes, des balles, du bruit implacable des hélicoptères de l'armée, et le hurlement des voitures blindées, des chars et des canons, et des souffrances qui en résultaient. Comme vous pouvez l'imaginer, mon premier obstacle à affronter a été d'arriver à accepter le silence et la paix de l'environnement monastique.Tout cela m'a demandé de la patience avec moi-même, et aux autres, de la patience avec moi.
J'ai mis du temps pour apprécier la valeur du silence et de la solitude, et pour réaliser que ce qui, de prime abord, semblait une perte de temps, par exemple la lectio et la prière, étaient des moyens pour permettre à l'Esprit du Christ de me transformer et de me façonner. L'expérience de la dimension humaine de la vie communautaire peut être vécue comme donnant la vie ou distribuant la mort, selon la façon dont nous percevons les différentes situations. En tant que catholique ayant grandi dans les six comtés du Nord de l'Irlande, j'ai appris, très jeune, que si je voulais avoir ma propre identité, je devais défendre ma terre et être directe et franche au sujet de mes sentiments sur les problèmes importants pour moi. Ces traits ont donné lieu à beaucoup d'incompréhensions avec mes soeurs dans la communauté de Glencairn. Quelquefois, j'étais perçue comme étant agressive, tandis que je me percevais moi-même comme honnête et droite avant tout. A partir de cela, j'ai expérimenté la solitude, et je me suis sentie seule. Cela a causé beaucoup de douleur et de souffrance. Avec du recul, je réalise que la racine responsable de ce conflit vient d'une différence de culture. Il en est résulté pour moi une expérience de profonde obscurité. C'était comme si j'étais dans un puits sec, profond et insondable. Personne ne semblait comprendre ce par quoi je passais. Quand j'ai partagé cette expérience avec un confesseur, sa réponse a été : C'est un peu tôt pour être en train de traverser la Nuit Obscure ! Ainsi, je devais demeurer avec elle. Durant ce temps, je m'associai étroitement à la Passion du Christ.
J'émergeai progressivement de cette obscurité vers la lumière, accompagnée par ma maîtresse des novices qui fit le trajet avec moi. J'expérimentai sa patience, sa bonté, son respect qui étaient pour moi médiation de la présence du Christ, patiente et pleine de respect. L'aube pointait pour moi.
La Règle de Saint Benoit est christocentrique. Benoit nous dit à plusieurs reprises : Ne rien préférer à l'Amour du Christ ;(21) N'avoir rien de plus cher que le Christ.(22) Benoit nous encourage à être constamment conscients de la présence de Dieu dans notre vie quotidienne, et ceci est manifesté, pour moi, dans les relations avec les autres, dans la beauté de la nature, dans le travail manuel et dans la liturgie. Vivre ainsi est, je pense, ce à quoi notre Abbé Général, Dom Bernardo, invite chacun de nous quand il parle, dans sa récente lettre circulaire, de la dimension mystique de notre charisme cistercien :
"A cette heure de notre histoire humaine, à ce moment de la transition culturelle, il est important que les moines et les moniales orientent résolument leur vie vers le Mystère, pour être transformés de manière mystique par lui. Notre mystique chrétienne est au fond une expérience de réforme, de conformation avec le Christ."(23)
Une partie de cette réforme et de cette conformité au Christ commence au noviciat. Nous ne répondons pas toujours à l'appel du Christ dans le déroulement de nos journées. Ainsi nous trébuchons, reculons et tombons dans l'obscurité au cours de nos efforts pour arriver à la lumière. De temps en temps, nous sommes ambitieux, pleins de fierté et nos volontés sont inflexibles, mais grâce aux degrés d'humilité elles acquièrent de la souplesse. St Benoît signale dans notre Règle que le premier degré d'humilité est l'obéissance sans délai qui convient à ceux qui n'estiment n'avoir rien de plus cher que le Christ.(24) Je pense que cette obéissance est le coeur de la conformité au Christ dans la vie cistercienne. Obéissance et amour ne peuvent pas être séparés. Le Christ a aimé et parce qu'Il a aimé, Il s'est fait Lui-même obéissant jusqu'à la mort, la mort sur une croix.(25)
St Benoît ouvre sa Règle avec les mots :
"Ecoute attentivement, mon fils, mes instructions et prête-leur attention avec l'oreille de ton coeur"(26)l
D'où l'importance d'écouter cette Règle et sa sagesse de vie avec sympathie, c'est-à-dire avec l'oreille du coeur. De cette façon, nous apprenons à entendre ce que Dieu demande en n'importe quelle situation, et avec la grâce de l'Esprit Saint nous serons préts à ouvrir nos coeurs par une réponse d'amour à son appel. Voilà l'obéissance, l'empressement à écouter la voix de Dieu dans nos vies de tous les jours, qui nous arrachera à nos propres petits mondes. Souvent nous, humains, n'arrivons pas à écouter et à entendre la voix du Christ. Quelquefois, quelques-uns d'entre nous peuvent expérimenter l'absence du Christ plus que sa présence quand nous agissons tout au long de notre journée.
Dans les cas suivants, j'expérimente sa présence dans ma vie. Par exemple, dans mes dix-neuf ans de vie cistercienne, je suis toujours réjouie quand je vois les soeurs heureuses et satisfaites à Glencairn. Je pense à la regrettée Mère Imelda Power qui m'encouragea grandement par la chaleur et la joie qui émanaient d'elle, et sa foi très forte au milieu des vicissitudes de la vie quotidienne.
Ma communauté est composée de quarante soeurs, dont quelques-unes sont âgées et malades. En dépit de cela, elles sont à l'église prêtes à chanter la louange de Dieu à 4 h. dans les froids matins d'hiver. Grâce à ces qualités d'engagement dans la prière, de joie et de foi qui sont incarnées dans la vie des soeurs, les gens de l'Église de la région sont constamment attirés à Glencairn pour confier à une oreille attentive et écoutante leurs anxiétés et leurs soucis, pour demander des prières et souvent participer personnellement à la liturgie des Heures.
Les plus jeunes Soeurs aussi sont stimulantes car elles apportent avec elles vitalité, fraîcheur et enthousiasme pour la vie. Elles montrent aussi beaucoup de compassion envers nos Soeurs âgées. Cela m'amène à me demander si moi-même n'agis pas à la légère à l'égard des Anciennes.
Ma famille et mes amis personnels viennent à l'abbaye et sont stimulés en participant à notre liturgie, et moi, à mon tour, je bénéficie de la constance de leur amitié fidèle qui est à la fois défi et soutien pour mon appel à la vie monastique. Tandis que la richesse de cette liturgie a le pouvoir de me stimuler et de me conforter, elle appelle aussi à l'engagement, au désintéressement, au don de soi, à une discipline et à une fidélité, de ma part et de la part de chaque membre de ma communauté.
Je suis aussi comblée par l'emplacement géographique de Glencairn situé dans la région pittoresque des collines onduleuses et bordée par la rivière Blackwater (le Rhin Irlandais). Je suis sûre que beaucoup d'entre vous sont d'accord avec moi quand je dis que Dieu parle très fort à travers la nature ; ainsi je m'émerveille de la splendeur de Sa création.
Mes premières années de formation ont été des moments passés avec des expériences du Jardin de Gethsémani. Un domaine particulier de souffrances avait son centre autour d'un conflit de personnalité avec ma Supérieure, et l'obéissance, dans cette situation, n'était pas facile. Ma prière était celle de Dom Marmion :
Seigneur, tu m'as conduite ici. Si tu désires que je reste, maintenant c'est ton affaire.(27)
Souvent quand j'allais à travers cette obscurité, les mots de ma maîtresse des novices, "Avoir le Christ est tout ... Remercie Dieu d'être à Glencairn", me donnaient la nourriture pour la réflexion et m'aidaient à soutenir le combat et à réaliser que mon appel était plus grand que ma souffrance. Cette souffrance était dédommagée au jour de ma Profession Solennelle, par un sentiment très fort de paix et par la grâce d'être capable de m'en remettre totalement au Christ sur le chemin de la vie cistercienne. Quelques années plus tard, j'expérimentai la joie et la liberté d'une réconciliation entre ma Supérieure et moi.
Le climat spirituel de notre époque est caractérisé par le combat pour l'authenticité de la vie humaine. La qualité de nos relations mutuelles indique la qualité de nos relations avec Dieu. Comme moines et moniales en communauté, nous sommes appelés à être une épiphanie de l'Eglise/ecclesia. Au cours de la cérémonie de profession, la communauté reconnaît l'importance de la prière de soutien. Partager avec d'autres est un aspect essentiel de nos voeux. Les Constitutions, parlant de la participation à la vie commune, nous invitent à nous témoigner mutuellement de la sollicitude, à s'entraider et à s'obéir les unes aux autres,(28) et précisent que l'Abbesse conduit les Soeurs avec le respect dû à la personne humaine créée à l'image de Dieu...(29) Je vois cela comme un appel à une plus profonde communion entre nous à travers le dialogue où nous écoutons la vérité de chacune. Parfois, quand il survient des situations à évaluer, des décisions à prendre, un rapport de maison à rédiger, etc..., une communauté peut se trouver dans une dynamique de conflit dans laquelle les membres sont sur la défensive, montrant leur colère, leur repli sur soi, critiquant et jugeant les autres. L'unité est perdue sauf si elle est basée sur un bien plus grand. Ceci requiert obéissance mutuelle où chaque personne renonce à sa propre volonté dans le service de l'autre. Quand nous nous ouvrons aux sollicitations de l'Esprit, nous sommes capables de nous conformer à la volonté du Christ sur nous.
Un groupe de Cisterciens qui a été capable de conformité jusqu'au martyre fut celui des Frères de l'Atlas. Leur message est prophétique pour notre génération. Réfléchissant sur leurs vies telles qu'elles sont présentées dans A Heritage Too Big For Us (Un héritage trop grand pour nous), ce qui me frappe est l'étendue de leur unanimité. Ce groupe de moines qui, sur une période de quelques années, dialoguait continuellement ensemble face à l'imminence de la mort, est arrivé à une conviction commune sur ce que la conformité au Christ signifiait dans leur situation de vie donnée. Dans leur dialogue, ils se sont écoutés et entendus mutuellement, et sont devenus, finalement, un membre réel du Corps Mystique du Christ invitant leurs Frères et Soeurs algériens à la Table de l'Amour et de la Réconciliation. Devenir capable d'être obéissant, même jusqu'à la mort, la mort sur une croix, est la forme la plus haute de liberté pour un Chrétien. Il y a juste deux mille ans, Jésus faisait exactement cela et nous ouvrait le chemin dans et à travers le Mystère Pascal. Nos Frères de l'Atlas, à travers leur charité, leur fidélité, leur humilité et leur obéissance, sont arrivés à ce degré de liberté et d'unité dans l'Esprit et, par conséquent, furent saisis dans l'étreinte aimante de notre Père Eternel.
Oui, la communauté de l'Atlas était un groupe de moines ordinaires, menant la vie cistercienne d'une manière extraordinaire, d'une manière qui conforme radicalement au Christ. Voici une description de la communauté avec les mots mêmes de Père Christian :
"Notre vie de moines nous lie à la volonté de Dieu sur nous, laquelle est une vie de prière et de simplicité, de travail manuel, d'accueil et de partage avec tous, spécialement avec les pauvres. Ces raisons de vivre sont un choix libre de chacun de nous. Elles nous engagent jusqu'à la mort ..."(30)
Nous, les premiers Cisterciens à nous trouver sur le seuil d'un millénaire avons été témoins et avons pris part à la grâce de ces vies données à Dieu et à l'Algérie. Avec des coeurs humbles, remercions Dieu pour leurs vies, pour nos propres vies. Je prie pour que chacun de nous réponde à cette même conversion et à cette même conformité au Christ afin que, dans les moments de crises et de changements, nous puissions faire nôtre l'esprit de ces paroles du Testament de Père Christian :
"J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité
qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu
et celui de mes frères en humanité,
en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint".(31)
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NOTES
1. Guillaume de Saint-Thierry, Exposé sur le Cantique des Cantiques, Chant I VIII, 94 : Efficitur ad similitudinem facientis
2. Ch. Dumont, Une éducation du coeur, p.215.
3. O. Clément, La prière du coeur, Spiritualité Orientale 6bis, p.49.
4. J. Delesalle, "Etre un seul esprit avec Dieu" dans les Oeuvres de Guillaume de Saint-Thierry (Thèse dactylographiée), p.210.
5. Ibid. p.212.
6. O. Clément, Questions sur l'homme, p.50.
7. L.A. 143, cité dans : J. Pyronnet, C. Legland, Prier 15 jours avec Ghandi, Nouvelle Cité, p.76.
8. Vita Consecrata no 16.
9. M. Blanca Lopez Llorena, La grâce cistercienne aujourd'hui : conformité au Christ, Document de travail pour aider les communautés
dans la préparation de leur rapport de maison pour les Chapitres Généraux de 1999, Introduction p.1.
10. O. Clément, La prière du coeur, Spiritualité Orientale 6bis p.59.
11. Livre ascétique, Petite Philocalie, cité dans : O. Clément, La prière du coeur, Spiritualité Orientale 6bis, p.59.
12. La vie de recluse, 32, SC 76 p.153.
13. Ibid. 31 p.129.
14. Sept degrés d'amour, traduction par J.B. Porion, Martingay, p.248.
15. J. Loew, Comme s'il voyait l'Invisible, p.76.
16. Guerric d'Igny, 2e sermon pour la Nativité de Marie, 3, SC 202, p.493.
17. Cf. Bernard de Clairvaux, A la louange de la Vierge Marie, 2,17.
18. Ch. Dumont, Sagesse ardente, p.323.
19. Genèse 32, 26-32
20. Is. 43,1
21. RB. ch.4
22. Ibid. ch.5
23. Dom Bernardo,lettre circ. 1999 ; R.B. Ch.5
24. R.B. Ch.5
25. Phil. 2,8
26. R.B. Prologue
27. Dom Marmion : Le Christ, idéal du moine
28. Cst. 16,2
29. Ibid. 16,3
30. Dom Donald Glynn, Nunraw : A Heritage too big for us
31. Le Testament de P. Christian, tel qu'il est rapporté dans A Heritage too big for us